«D’un côté c’est l’Europe et de l’autre c’est la France» (Victor Hugo)

La Bataille de Waterloo. 18 juin 1815, par Clément-Auguste Andrieux, 1852.

Beaucoup se sont demandé à l’occasion de ce bicentenaire ce qui se serait passé si Napoléon avait gagné à Waterloo ce qui restait, après tout, possible.

On ne peut que répondre : la même chose car, de bataille en bataille, la bataille finale eut été perdue.

Parce que l’Angleterre, l’Autriche, la Russie, la Prusse et la Suède instruites par vingt ans de guerre, devenues pour celles qui ne l’étaient pas encore des puissances militaires, pouvaient ensemble lever un million d’hommes, c’est-à-dire, dix fois les possibilités qui seraient restées à la France de 1815.

La poursuite du Congrès de Vienne après Waterloo verra rétablir l’antériorité c’est-à-dire l’Europe monarchique, y compris la France, puisque les dynasties sont cousines, elles n’ont qu’un seul adversaire : la Révolution française dont l’usurpateur a semé les idées un peu partout sur le continent.

Car on a pu voir combien la République, dangereuse par ses idées l’était plus encore par son comportement ; elle était devenue consulaire puis césarienne et celui qui en 1815 en portait encore le destin n’avait que quarante six ans, plus jeune que beaucoup d’autres souverains.

On ne put donc lui trouver de successeur que dans une génération antérieure dont les qualités étaient tellement différentes.

Mais le Congrès de Vienne ne fut pas que cela, il avait, sans que Metternich et Talleyrand s’en rendent peut-être compte, commencé à mettre fin pour le remplacer par un autre à cet équilibre européen né du Traitée de westphalie, il y avait un siècle et demi

Cette œuvre de destruction fut terminée à la suite d’une autre défaite de la France en 1871 dans la Galerie des glaces de Versailles qui vit la fin de la division de l’Allemagne.

La même Galerie des glaces en 1919 vit une France victorieuse à la tête des Nations rester la vaincue de 1815 (Foch).

En 1648, l’Europe avait été organisée pour cent soixante et dix ans. C’est Richelieu d’après Henri Kissinger qui est le père de la diplomatie européenne fondée sur la raison d’Etat, la défense de l’intérêt national et la recherche de l’équilibre entre les puissances.

Il devait revenir à Richelieu puis à Mazarin de mettre fin à l’organisation médiévale de la chrétienté et de l’Empire. Westphalie ira jusqu’au congrès de Vienne et le congrès de Vienne jusqu’à Versailles.

Richelieu inspira le Traité de Westphalie en le positionnant contre toute unification de l’Europe.

Trois cents souverains se partagent le Saint Empire. L’avènement de l’Allemagne est retardé jusqu’à Bismarck, les prétentions des Habsbourg d’être une dynastie unificatrice sont contrariées et Mazarin complète le tableau en faisant de l’Espagne l’alliée de la France et de Marie-Thérèse l’épouse de Louis XIV, Mazarin aurait aimé la substitution des Bourbons aux Habsbourg qu’il n’imaginait pas encore.

Empêcher toute approche d’une Europe unifiée est l’intention introduite par le Cardinal dans les traités.

Il n’y aura pas d’Europe chacun sera maître chez lui, moyennant quoi la France est la première puissance de l’Europe, jusqu’à Waterloo.

Jacques Limouzy