Église de Rayssac : au-delà de l’image inacceptable d’une prise de possession

Nous connaissons tous la symbolique que représente la pose d’un drapeau sur le toit d’un édifice. L’escalade de trois jeunes gens sur le toit de l’église de Rayssac pour y faire flotter trois drapeaux de pays musulmans n’est pas un jeu mais une provocation.

 Dimanche 9 février, à Rayssac  près d’Albi, une dizaine de jeunes gens se sont approché de l’église Saint-Jean-Baptiste, et trois d’entre eux sont montés du côté où le toit, extrêmement pentu de cette magnifique construction de brique et de béton, est le plus bas, au-dessus du porche.

Qu’allaient faire ces jeunes intrépides ? Une photo prise par un habitant les montre assis au bord du toit après avoir déployé les drapeaux marocains, tunisiens et algériens sous le regard de leurs camarades restés sur le parvis. La scène n’a pas duré longtemps, puisque la police n’a trouvé personne à son arrivée.

La photo a circulé sur les réseaux sociaux et provoqué un véritable émoi à cause de la charge symbolique de l’acte commis : la prise de possession d’un édifice catholique par les ressortissants de trois pays où l’Islam est religion d’État.

Malgré la clarté de son corpus juridique plus que centenaire, la France est plongée dans un débat sur la laïcité qui tourne en rond autour de la question musulmane. Pendant ce temps, des atteintes répétés aux principes de la laïcité sont commis de manière régulière et répétitive par des représentants officiels ou officieux de l’Islam, et la peur de les désigner fermement comme contraire à nos mœurs, à nos lois et à nos principes, créée une impunité utile aux groupuscules islamistes, notamment salafistes, qui embrigadent, non seulement des jeunes issus de familles musulmanes mais également de familles qui ne le sont pas. Le Tarn est truffé de fichés S islamistes.

Le symbole de la prise de possession d’une église catholique par des jeunes musulmans, un dimanche quelques heures après la messe, n’est pas anecdotique. Ils semblent que leur intention étaient de faire le buzz. Un bad buzz en réalité, qui pose bien des questions.

Sont-ils français, binationaux, ou étrangers ?  Quelles sont leurs familles, quels sont leurs parcours scolaires, associatifs et professionnels ? Qu’ont-ils appris de la France ? L’aiment-ils ? Et s’ils la détestent, pourquoi ? La communauté de destin républicaine à laquelle ils sont invités leur convient-elle ? Ces questions nous taraudent.

Rayssac porte, comme partout sur notre terroir, des traces des conflits religieux qui l’ont ébranlé dans le passé. À peine remis, nous n’avons pas envie de nous battre à nouveau avec des populations issues de pays que la Troisième République a colonisé avec la promesse de les émanciper. C’est un des nœuds du problème.

Par ailleurs, nous savons que le père Paul de Cassagnac, curé d’Albi, a porté plainte pour dégradation, mais qu’il n’a pas souhaité faire de bruit autour de cette intrusion sur le domaine ecclésial. Hier après-midi, avec Mgr Jean Legrez, archevêque d’Albi, ils étaient à l’église Saint-Jean-Baptiste pour répondre à cet évènement par un geste de fraternité et d’apaisement.  « Nous répondons par l’amour » a déclaré l’archevêque, qui viendra rencontrer la population du quartier le 19 mars à 20 heures pour « un entretien fraternel ouvert à la fois aux chrétiens, mulsumans, protestants, ou aux non croyants dans le but d’échanger et d’essayer de voir comment éviter que ces maladresses qui sont choquantes et inadmissibles ne se reproduisent ».

L’église catholique est donc bonne fille et comme toujours, ses gestes sont des enseignements. Elle se souvient que le 4 février 2019 à Abu Dhabi, le pape François et le Grand Imam d’Al-Azhar, signait une déclaration commune intitulée : « Document sur la fraternité humaine pour la paix dans le monde et la coexistence commune ». Le texte aborde notamment les thèmes du fanatisme religieux, de la liberté religieuse et des droits des femmes. Je vous invite à le lire et à le partager.

Apparemment contrits (aux dires du voisinage), il serait bon que les auteurs de cet acte viennent à la rencontre des religieux catholiques, accompagnés de leur imam s’ils en ont un, pour méditer le contenu de ce texte remarquable dans lequel il est entre autre écrit : « L’histoire affirme que l’extrémisme religieux et national, ainsi que l’intolérance, ont produit dans le monde, aussi bien en Occident qu’en Orient, ce que l’on pourrait appeler les signaux d’une « troisième guerre mondiale par morceaux », signaux qui, en diverses parties du monde et en diverses conditions tragiques, ont commencé à montrer leur visage cruel ».

Ainsi ils apprendront que l’édifice qu’ils ont escaladé est la maison de celui que les chrétiens appellent Jésus, et que les musulmans appellent Issa, le reconnaissant comme prophète.

Inch’Allah et amen.

Richard Amalvy

Suite à cet événement, le diocèse a décidé de lancer un appel au don pour l’AED (Aide à l’église en détresse) pour soutenir l’une de ces trois actions au Maghreb :

– Algérie : accompagnement des étudiants et migrants, visites aux prisonniers. Avec 15 000 € par an, 23 personnes sont aidées : 6 prêtres, 11 religieux/ses, 4 Focolari, 2 laïcs

– Maroc :  soutien pour une université d’été ayant lieu au mois d’aout. Ce projet était déjà soutenue en 2019 : 107 participants étaient répartis en 3 sessions (catéchèses, célébrations, témoignage). En 2020, l’AED aidera à hauteur de 25 000 €, pour la mise en place des 3 sessions.

– Tunisie : soutien d’une communauté évangélique qui assure une présence catholique dans le pays depuis 2011. Cette communauté gère le Centre St Joseph, un lieu de rencontre avec des cours et des activités pour tous. L’AED subventionne 6 000 €, qui permettent de prendre en charge les frais de 6 missionnaires sur place.

Lien de l’AED à suivre