En attendant le 5 décembre

Aujourd’hui et contrairement à ce que beaucoup pensent, les événements vécus par notre pays n’ont rien d’exceptionnel au niveau de son histoire.

Souvent, en effet, le pouvoir politique s’est trouvé environné de clameurs. Souvent il a dû endurer l’accumulation des remontrances. Souvent il fut aux prises avec des oppositions à toute réforme, ou avec des résistances et des réactions à la marche de l’Etat. Souvent aussi des personnages excessifs dans leurs propos et leurs desseins se taillèrent des popularités bruyantes et suspectes.

Souvent, enfin, il fut aux prises avec les cabales des Importants et eut à faire avec l’agitation corpusculaire des Mirobolants bien que ceux-ci ne soient pas encore télévisuels.

Et cependant les instruments de la communication politique n’étaient pas comme aujourd’hui voués aux analyses partielles, au culte de l’immédiat, à des sondages fatalement subjectifs, reflets d’un moment, parés d’éphémère, n’expliquant rien, annonçant tout et n’importe quoi, correspondant à ces périodes d’agitation de parole et de plume qu’adorent les Français lorsqu’ils se trouvent divisés.

La boîte de Pandore est ouverte. Les journaux télévisés sont devenus une sorte de mur des lamentations. On cherche des responsables à tout, même à la météo, les lobbies les plus insolites s’accumulent, virevoltent et disparaissent.

Chaque soir, à vingt heures, au retour du labeur quotidien, s’abattent sur les têtes des français une foule de malheurs : L’héritage de Johnny Hallyday, le talent imprécatoire de Jean-Luc Mélenchon, les alternances du Brexit, l’interminable saga des époux Balkany et les arlequinades de Monsieur Trump.

Ces images ne sont que les décors des grandes décisions comme celles concernant les retraites où le Gouvernement est dans une seringue : s’il abandonne ou s’il recule, il est perdu ; s’il persiste et avance, il est atteint mais il pourra s’en remettre. Il faut dire que sur tous les sujets concernant la politique du pouvoir, nous devons subir les commentaires d’une foule d’inconnus, généralement agressifs, haineux et surtout ignorants.

Comme le disait Jacques Bainville, il n’est pas facile de conduire les peuples. Il n’est pas facile non plus de conserver un Etat comme l’Etat français et l’on garde en définitive beaucoup d’indulgence pour les gouvernements.

Jacques Limouzy