Epineux dossier

Partager sur :

Le dossier de Notre Dame des Landes est un sacré caillou dans la chaussure de nos gouvernants. On nous annonce, sur cette invraisemblable gabegie politique et financière, une décision imminente du Président de la République. Emmanuel Macron et Edouard Philippe sont dans la seringue. Pour en sortir, ils doivent prendre la mesure du prestige et de la crédibilité en jeu ainsi que des coups à recevoir dans le choix entre la poursuite ou l’abandon du projet.

On allait voir ce que l’on allait voir ! On allait mettre fin à des atermoiements de cinquante ans d’études préalables, de gabegie financière, d’analyses, de recherche, d’expertises, de Déclarations d’utilité publique, de mise en concurrence, de décisions administratives exécutoires, de décisions de justice et de choix d’opérateurs privés, outre à une occupation illégale de la ZAD (« Zone d’aménagement différé », devenue pour les squatteurs « Zone à défendre » !). Après quoi, en dehors de l’avis unanime des élus locaux, sont intervenus plus récemment de nouvelles études et des référendums locaux. L’on cherche toujours des causes rationnelles pour expliquer ce genre de dérive. Mais on ne cherche jamais les causes irrationnelles.

Personnellement, je n’ai pas d’avis tranché sur l’utilité indiscutable de cet équipement, situé à l’autre bout du Pays et avoue mon incompétence. Les experts sur le sujet fleurissent comme la rosée du matin. Et puis Emmanuel Macron n’est-il pas un spécialiste des aéroports ? Ici, nous nous souvenons de celui de Toulouse-Blagnac, un des plus grands de France et un des rares qui n’était pas déficitaire, fleuron vendu aux Chinois par celui qui était alors le grand intendant de Normal Ier ! Mais si l’on en croit les rumeurs qui annoncent par avance un abandon du projet de Notre Dame de Landes, je constaterai que toutes les procédures mises en place dans un Etat de droit ne pèsent pour rien face à l’agitation d’une minorité. Nous aurions une catastrophe politique où l’on a piétiné toutes les procédures légales, toutes les décisions régulières, passé outre les décisions des collectivités locales représentatives, le tout pour céder à une minorité pour le moins bruyante, ce qui est une imposture. Chez nous, nous avions déjà tout compris avec Sivens…

Ce tonneau des Danaïdes pourrait absorber encore plus d’argent public en cas d’abandon du projet. Car, dans ce dernier cas, on aimerait connaître le montant exact des chèques que l’Etat va devoir signer, pour que Nicolas Hulot reste au Gouvernement et que la télévision ne filme pas d’affrontements avec les zadistes qui occupent la zone. Encore que cette dernière éventualité ne soit pas assurée, même en cas d’abandon du projet.

Ségolène Royal, multirécidiviste dans le gaspillage des fonds publics, comme elle l’a montré, notamment ans l’affaire d’Ecomouv, qui a coûté pas moins de deux milliards d’euros au contribuable, a élégamment demandé, dans l’affaire d Notre Dame des Landes, d’« arrêter les frais ». Arrêter les frais ? Cela signifie de prévoir, en plus de ce qui a été déjà gaspillé, quelques menues dépenses pour le contribuable, de trois milliards d’euros environ ! Car dans une opération semblable, du type partenariat public-privé, souvent utilisé pour les investissements publics, comme ici avec Vinci, il faut indemniser les opérateurs de toutes leurs dépenses et investissements non amortis, mais également leur payer le bénéfice qu’ils auraient dû réaliser pendant trente ans si l’opération s’était faite et le contrat exécuté. Elle n’est pas belle, la vie ?

Au fond, un dossier mal imaginé, mal conçu, mal ficelé, mais coûtant un argent fou ! Et là-dedans les zadistes, dans leur occupation illégale du domaine public et des propriétés privées, sont les pions au service d’une cause qui, comme d’habitude, les dépasse. Aura-t-on à leur égard la même technique que pour les migrants : grands coups de menton et phrases ronflantes, mais ne rien faire ? Il s’agit de défendre ce qui fait le fondement de la République, Etat de droit et vote des citoyens, et aussi de défendre le territoire contre des hordes barbares venues d’ailleurs contre lesquelles une extrême sévérité me semble un minimum…

Cela fait longtemps que le débat n’est plus la justification d’un nouvel aéroport, mais le respect de l’autorité de l’Etat, des décisions de justice et de l’emploi de l’argent du contribuable. Quoique, dans un tel dossier, on dit généralement : « Cela ne coûte rien, c’est l’Etat qui paie ! » Et, entre temps, le petit père Hulot, Ministre de la transition, a l’air ravi. D’être ministre, bien sûr !

Pierre NESPOULOUS

NDLR : Article reçu avant la déclaration du Premier ministre Edouard Philippe annonçant la fin du projet de Notre Dame des Landes