Factieux ou patriotes ? 

Une lettre très controversée de généraux à la retraite, adressée la semaine dernière au Président de la République, au gouvernement et aux parlementaires a fait polémique. Publiée par la suite par l’hebdomadaire Valeurs actuelles, elle a déclenché une grande controverse. Des militaires, dont vingt généraux, y appellent Emmanuel Macron à défendre le patriotisme et dénoncent « le délitement qui frappe notre Patrie… délitement qui, avec l’islamisation et les hordes de banlieue, entraîne le détachement de multiples parcelles de la Nation pour les transformer en territoires soumis à des dogmes contraires à notre Constitution ». Les militaires terminent : « Il n’est plus temps de tergiverser, sinon, demain la guerre civile mettra un terme à ce chaos croissant et les morts, dont vous porterez la responsabilité, se compteront par milliers ».

Quand un Président qui considère que la France n’a pas de culture, qu’elle est responsable de crimes contre l’humanité, qui déclare depuis l’Elysée et en anglais à la chaîne américaine CBS que nous devons « déconstruire notre Histoire », qui rend hommage aux anciens du FLN, dit que nombre de ses compatriotes sont des alcooliques et des illettrés et qui ne cesse de dénigrer auprès de pays étrangers le pays dont il est le chef, il ne faut pas s’étonner qu’il suscite des réactions exacerbées.

Il y a de la transparence : cette lettre est accompagnée des noms de ses auteurs. Les militaires sont astreints à un devoir de réserve. Mais, rendus à la vie civile, ont-ils le droit d’exprimer leurs opinions ? La preuve la plus flagrante est l’exemple du général de Gaulle ! La liberté de parole dont on nous vante les énormes mérites est, semble-t-il, pour certains, à géométrie variable. Elle n’est admise que pour réciter le catéchisme idéologique de gens hors sol qui remontent leur masque sanitaire au niveau des yeux…

Annoncer le délitement de notre Nation en étant rejoint par une opinion publique lucide sur les problèmes migratoires, les dévoiements sanitaires et judiciaires, cela ne peut que choquer ceux qui organisent ce délitement et les troupes de soumis qui les suivent. Cet événement a provoqué la colère de plusieurs figures de la gauche. Jean-Luc Mélenchon a dénoncé « la stupéfiante déclaration de militaires s’arrogeant le droit d’appeler leurs collègues d’active à une intervention contre les islamo-gauchistes ». Il faut rassurer MM Mélenchon et Coquerel : ils détesteraient l’application ici des lois vénézuéliennes qu’ils admirent tant. Et, cultivant l’outrance, Benoît Hamon, ancien candidat à la présidentielle est allé plus loin, évoquant la menace « d’un coup d’Etat militaire », soixante ans après le début du putsch d’Alger !

Bien évidemment sous la pression, Florence Parly, ministre des Armées, a réagi ce lundi 26 avril, évoquant « une insulte jetée à la figure de milliers de militaires ». Elle se dit choquée : « Les militaires ont le droit d’avoir des opinions, mais il existe un devoir de réserve. Je ne partage en rien les opinions proférées par ces généraux à la retraite qui appellent à une sorte d’insurrection, du moins attisent un climat de division ». Elle aurait tant aimé pouvoir leur faire la leçon en direct, copiant Emmanuel Macron envers Pierre de Villiers : « Je suis votre chef ». Toutes les allusions au fait que les auteurs pourraient être « d’extrême droite » sont hors sujet. Mais à force de crier « au loup » !…

Et Agnès Pannier Runacher, dont une majorité de français ignore qui elle est et quelles sont ses fonctions au gouvernement, fustige « un quarteron de généraux en charentaises qui appelle au soulèvement ». Pauvre petite fille insolente qui, elle, n’a pas signé comme eux un engagement acceptant de mettre sa vie en péril dans sa mission au service de la Nation !

Réfléchissons. Il faut savoir raison garder. Notre société met en avant les « lanceurs d’alerte ». C’est le cas. Le « délitement » de la Nation, deux figures éminentes du Parti socialiste l’ont récemment évoqué : le Président François Hollande, parlant de la crainte d’aboutir à une « partition » et le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb exprimant, lui,  sa crainte de voir les forces vives de notre pays non plus « côte à côte » mais « face à face ».

Je comprends les inquiétudes du pouvoir : l’arrogant premier n’a-t-il pas naguère mis au défi de « venir le chercher » ? Dernière niaiserie : après l’odieux assassinat de Stéphanie Monfermé, cette jeune policière de Rambouillet, que trouve-t-il à dire ? – « Nous ne céderons rien » ! Mais que reste-t-il encore à céder ?

Pierre Nespoulous

Tags: