Faute de Majorité parlementaire, la République marche sur une jambe

La raison fondamentale de ce qui s’est passé dimanche se trouve dans l’évolution des pratiques institutionnelles de la Ve République.

En effet, la République présidentielle et parlementaire dans sa définition originale a vu disparaître avec la présidentialisation, le rôle et l’influence du Parlement. Le coup décisif ayant été porté par un référendum où à peu près personne n’a voté et qui ramena la durée du mandat présidentiel à celle de l’Assemblée nationale. Nicolas Sarkozy et surtout Emmanuel Macron ont contribué à l’effacement de l’Assemblée nationale.

Élue, à la suite de l’élection présidentielle dans les pas de son créateur, le Président, l’Assemblée nationale devient trop aisément une chambre introuvable pour en venir à cette inversion de la représentation : un député de la majorité ne représente plus sa circonscription à Paris, mais il représente le Président de la République en province. Ce qui est le comble de la centralisation politique autour du Président.

Ce genre d’assemblée, quelle que soient la qualité et la nouveauté de ses membres, est condamnée à une sorte de non-existence politique qui va la poursuivre tout au long de son mandat, puisqu’elle ne dégagera pas la nourriture ministérielle nécessaire à l’Exécutif qui devait lui correspondre, jusqu’à obliger celui-ci à rechercher ailleurs l‘encadrement d’un pouvoir présidentiel devenu solitaire.

Il y a là l’une des explications de l’échec de dimanche. La majorité présidentielle au Parlement, si elle garde une sorte de prestige du nombre, a perdu son efficacité politique et la projection de son propre avenir.

Le fait majoritaire, qui est une des bases de la Ve République, n’a plus aucune réalité puisqu’il a perdu cette vertu dominante qui permet la négociation.

Faute donc de majorité, la République marche sur une jambe.

La solitude présidentielle n’est pas étrangère aux résultats singuliers de dimanche dernier.

Il n’échappera à personne que les deux personnalités qui ont subi un échec non annoncé sont certainement le Président Macron et Marine Le Pen.

Cela peut-il conduire à croire qu’un affrontement jugé à ce jour inévitable pourrait s’éloigner ? Mais la prudence oblige à le croire encore possible, car il reste peu de temps au destin pour modifier ces prévisions.

Jacques Limouzy