Gaston-Louis Marchal écrivain,
peintre et pommier

 

Gaston-Louis Marchal nous a quitté récemment alors qu’il s’était retiré à Biarritz. Ancien Président de la Société culturelle du pays castrais, il n’a eu de cesse de motiver la création artistique et de révéler des trésors enfouis de notre patrimoine, à travers la collection des cahiers à la couverture bleue. On retiendra bien sûr de lui la monumentale apocalypse qui orne l’église Sainte-Thérèse à Lardaillé.

Issu d’une famille de Sarrebourg, Marchal se retrouva en novembre 40 dans notre département après avoir fui l’ennemi nazi. Il fit ses études à Carmaux, Albi puis à l’Ecole Normale d’Instituteurs de Toulouse et à la Faculté des Lettres. Étudiant à Paris, il suivit les cours de l’Institut de Psychologie du Travail et d’Orientation Professionnelle et de l’Institut de Psychologie à la Sorbonne. Marchal était surtout un artiste, élève du peintre Boers et du sculpteur Zadkine. Auteur de centaines de dessins, sculptures et illustrations d’ouvrages, il était aussi l’auteur d’une centaine de livres et d’articles. Peintre boulimique et stakhanoviste lorsqu’il travaillait en solo, il aimait aussi créer en collectif. Ainsi, pour illustrer l’année 1989, avait-il compilé des œuvres multiples (dessinées, peintes, gravées, écrites) provenant de tout ce que notre Ville recèle de barbouilleurs et de scribes. Là, il se voulait chroniqueur. Il y eut par exemple «La comédie corbelière» une série d’encres noires dessinant des corbeaux inquiétants pour lesquels nous dûmes produire des alexandrins. Puis «Les ficelleries», sur lesquelles il nous demanda de mêler textes manuscrits et encres de chine. Il en fit une exposition à l’atelier 7, hébergée à l’époque chez Jacques Limouzy, rue Gambetta. Il photocopiait beaucoup pour partager ses textes et ses dessins et il se prit de passion pour les cartes postales qui servaient de support à son immense correspondance qui terminait toujours comme des autographes. Il était officier dans l’ordre des Palmes Académiques et de Chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur.
En mars 1986, j’avais réalisé avec lui un entretien pour le journal Tarn Magazine (que nous avions créé avec Marc-André Angles). Dans ce dialogue, que nous retranscrivons ci-dessous, il se définit comme un “pommier”. Oui, mais de grande taille. Mes condoléances vont à sa fille, et à ses deux fils, avec lesquels je servais la messe à la cathédrale. R.A.

Richard Amalvy : Si je vous dit expression ? Que me répondez-vous ?

Gaston-Louis Marchal : Je répondrai que c’est ma raison d’être. Un individu vivant, s’il a conscience de la vie et s’il veut honorer son passage ici-bas, il doit exprimer.

R.A. : La politique est d’actualité, nous sommes en période électorale(1), Est-ce que la politique vous inspire ?

G.-L.M : En tant qu’artiste je dirai oui car depuis que je dessine et que peins, j’ai pu dans mes peintures faire figurer des politiciens. Mais sur le plan personnel, la politique m’intéresse aussi parce que j’en fais en étant artiste,  en exerçant mon métier, en m’occupant d’une société, en parlant, en donnant des conférences par exemple. Ca, c’est de la politique. La politique professionnelle m’intéresse beaucoup moins, je dirai même pas du tout. Je regarde en me disant qu’il y a bien des énergies et de l’argent perdus.

R.A. : Y-a-t-il un défaut que vous n’aimez pas ?

G.-L. M. : L’intolérance, absolument ; quelqu’un qui est d’un parti pris tel qu’il n’entend plus, qu’il n’écoute plus c’est comme s’il était en face de la mort.

R.A. : Quel est votre passe-temps favori ?

G.-L. M. : L’action, le fait d’être pommier, le pommier qui fait ses pommes. Je dis souvent que je suis un artisan ou un paysan comme l’étaient mes ancêtres directs. Souvent, j’aime bien être un pommier humble de village, qui fait de toutes petites pommes. Vous savez, des pommes non soignées, qu’on ne vient pas couvrir d’insecticide. C’est ça ma vie : produire, m’exprimer.

R.A. : Quels sont les hommes ou les femmes qui vous ont le plus marqué et qui aujourd’hui encore, vous intéressent ?

G.-L. M. : C’est-à-dire les hommes qui me paraissent les plus grands, des Maîtres par exemple ? Les plus grands hommes sur le plan philosophique : Jésus Christ, Jaurès ce sont des gens qui se sont donnés à la collectivité avec une grande intelligence, des “ surhommes ”. Dans le présent, des gens que j’ai connus et qui ont pu me marquer. Je dirais mes ancêtres, mes parents, mes grands-parents qui m’ont montré ce qu’était le travail, l’insertion dans la vie de tous les jours. Et puis, Zadkine, le grand sculpteur qui est mon père spirituel.

R.A. : Il y a trois semaines a eu lieu le premier sommet des pays francophones. Pensez-vous que cela soit une bonne chose ?

G.-L. M. : Alors là, j’applaudis à tout rompre avec plaisir. Personnellement, je suis à la fois très égoïste et très altruiste. Je vis facilement ce qui peut paraître une contrariété. Je suis égoïste pour vivre comme le pommier par rapport au prunier, à côté des autres arbres. Je pense qu’on ne peut vivre justement les plaisirs et les excitations dans une convivialité où les gens s’exprimeraient les uns à coté des autres. Donc, je suis à la fois égoïste et à la fois mondialiste. Je vais à la fois du rien au tout. Le mondialisme englobe la francophonie parce que, pour moi, le mondialisme ce n’est pas un ensemble d’individus exactement pareils, en uniforme, une espèce de fédération non politique, sans frontière, mais un magma heureux de différences, et dans ces différences vous avez la différence francophone qui en sera une.

R.A. : Vous arrive-t-il d’être choqué et par quoi ?

G.-L. M. : L’intolérance. Là encore, les cris d’intolérance, les actes d’intolérance me choquent, me surprennent. Je ne comprends pas ça. Ce qui est excentricité, sophistication, exagération, caricature, ça fait partie de la vie : c’est de l’expressionnisme. C’est la porte qui est fermée et qui reste fermée qui me choque, quand on vous la claque au nez alors qu’il y a peut-être une richesse à échanger.

R. A. : Le féminisme est-ce intéressant ?

G.-L. M. : C’est intéressant, mais non le féminisme politicien, militant, avec des suffragettes, des drapeaux, à la limite encore des fusils. Je suis absolument contre. Par contre, si le féminisme c’est l’épanouissement de la femme à côté de l’homme alors là encore bravo. C’est une moitié de l’humanité, un petit peu plus même ! C’est absolument nécessaire et je milite pour depuis longtemps. Maintenant c’est à la mode. J’ai retrouvé un discours que j’avais prononcé, un discours de distribution des prix au lycée de jeunes filles d’Arras (ça remonte à 20, 25 ans) c’était un manifeste du féminisme de la part d’un homme parmi des filles alors que ce n’était pas encore la mode.

R.A. : Etes-vous un bon vivant ?

G.-L. M. : Si c’est dans le sens du monsieur joyeux qui aime rire, le boute-en-train, je dis non, absolument pas. Si c’est le bon vivant dans le sens de bien vivre, être en bonne santé, produire, être un pommier, alors là, je suis un bon vivant, je vis bien.

(1) Il s’agissait des élections législatives et régionales de 1986.