« Gilets jaunes » : les retraités matraqués deux fois

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Le barrage du rond-point de L’Hermet à Lescure d’Albigeois. (c) Georges Victor

La manifestation des « gilets jaunes » n’a mobilisé à Paris que quelques milliers de personnes. Forcément : quand on termine le mois avec cinq euros en poche, on ne peut pas prendre le TGV. Les images des « casseurs » n’ont pas pour autant terni ce mouvement populaire, d’où les « minorités visibles » étaient singulièrement absentes. Ce n’est pas un hasard si le « show business » est resté silencieux : le combat des Français pauvres n’est pas le leur. Frappantes, si l’on peut dire, les images du matraquage d’un retraité sur les Champs-Élysées. Cinq ou six CRS contre un homme, qui fait face, les mains nues et ne recule pas. On connaît les difficultés du maintien de l’ordre. Mais son efficacité n’exclue ni le discernement ni l’humanité. On observe d’ailleurs que la « violence légitime » est moins fréquemment utilisée contre les prières de rue et les racailles des cités.

Ces images éclairent ainsi le divorce entre le Président et les Français. Tout a commencé au lendemain de la victoire d’Emmanuel Macron, acquise, pour l’essentiel, par la conjonction de forces qui n’ont pas la légitimité du suffrage universel : juges et journalistes étouffèrent le seul débat qui compte, celui des idées.

Première réforme majeure du quinquennat : la suppression de l’ISF. Le remboursement, en somme, d’une dette contractée auprès des premiers amis. Mais une réforme sans contrepartie pour ceux qui paient tous les autres impôts !

La révolte fiscale nait toujours d’accidents, même si longtemps, elle demeure une sorte de rivière souterraine. La Révolution de 1789 surgit ainsi d’aléas climatiques, dès le printemps 1788 qui noie les cultures sous la pluie. L’hiver est terrible et les miséreux fuient les campagnes pour les villes. Du poids et de l’inéquité de l’impôt émerge, dans la Déclaration des Droits de 1789, le principe du consentement à l’impôt, fondement du parlementarisme et du consensus national.

Depuis 2017, tout s’est enchainé de manière analogue : l’arrogance du Pouvoir conjugué à son inexpérience humaine, l’impuissance face au chômage, la criminalité, l’islamisme, le désespoir des ruraux, la pression migratoire. Quelques centimes de taxe supplémentaires sur le carburant ont tout révélé du chaos français.

Il y a pire : c’est ce sentiment collectif que le quinquennat est fini mais qu’il va durer plus de trois ans encore, tel un divorce dans la rage qui s’épuise dans les procédures judiciaires. La certitude aussi que le Président de la République n’a, au sens strict du terme, plus rien à perdre. Narcisse n’est plus aimé : situation insupportable que va rythmer le calendrier électoral.

Première étape, les élections européennes ; elles sont habituellement désertées par les Français. Mais cette fois, il y a au moins deux bonnes raisons de se mobiliser : pour ceux, d’abord, qui ne peuvent se résoudre à ce que l’Europe se substitue définitivement à la France et vont se battre pour défendre le génie français, nos frontières et nos entreprises, faute de stratégie et de lucidité des autorités bruxelloises. Leur procès sonne comme une revanche posthume de Philippe Séguin sur l’adoption du traité de Maastricht : la souveraineté ne se délègue ni ne se partage. À trop vouloir diluer nos identités nationales dans l’Europe, on fait aussi ressurgir les nationalismes sur le continent. La prophétie séguiniste s’est accomplie..

Seconde raison, de politique intérieure, cette fois, de se mobiliser : infliger à Emmanuel Macron une défaite totale.

Tout l’y conduit : le désastre moral et social intérieur, l’isolement diplomatique. La liste macroniste n’a d’alliés ni chez nous, ni dehors.

Pour restaurer la paix civile, Emmanuel Macron n’aura pas d’autre choix que de dissoudre l’Assemblée nationale, sanctionnant ainsi une majorité, certes docile, mais incapable de défendre et de justifier sa politique. On ne fait pas de moutons des guerriers. S’il ne se résolvait pas à trancher le nœud gordien, la France resterait un théâtre d’affrontements où la vie économique serait paralysée. La croissance s’effondrerait, le chômage reprendrait sa progression, les recettes budgétaires ne suffiraient plus à payer une dette rendue plus coûteuse par des marchés financiers défiants.

Bien sûr, de nouvelles hausses d’impôts seraient imaginées par les technocrates de Bercy qui ont oublié un principe simple : les gros taux tuent les totaux.

La roche Tarpéienne est proche du Capitole. Mieux vaut l’urne que le pavé de l’ultra-gauche. Mais toujours, le désordre est le fils de l’injustice. Et c’est celle-ci qui marque désormais de son sceau un quinquennat né de l’ambiguïté.

Bernard Carayon
Maire (LR) de Lavaur
Ancien député du Tarn