Goujaterie

“Quand je veux des cadeaux, je me les fais moi-même, comme ça j’ai ce que je veux et je dis pas merci”. Ainsi commençait naguère un sketch de l’humoriste Robert Lamoureux que les anciens ont bien connu.

La destinée de certains cadeaux est à nouveau évoquée, notamment à l’occasion des fêtes de Noël et du Nouvel An. Cadeau décevant ou en double, quelques heures après Noël, plusieurs dizaines de milliers de Français souhaitant se débarrasser de certains de leurs cadeaux indésirables les revendaient déjà sur Internet ! Malin… ou choquant ? Je trouve cela indélicat et irrespectueux envers la personne qui a fait le cadeau.

Le sujet ne serait plus tabou ? Simple tendance il y a trois ans, le procédé est devenu un véritable phénomène de société. La revente des cadeaux ne fait plus peur. Mais le faire discrètement : il paraît que 86 % n’osent pas l’avouer ! Pourquoi le faire avec discrétion ? Pour ne pas blesser le donateur ? Toutes nos valeurs de bonne éducation et de politesse s’envolent. Les sentiments sont foulés aux pieds et revendus très vite à bon prix. O tempora, ô mores  ! Pour moi la revente d’un cadeau n’est qu’ingratitude et égoïsme.  

Si l’on bafoue l’affection ou l’amitié de celui qui a offert, en méprisant le cadeau au point de le vendre pour faire du fric, c’est minable ! Apprendre que le cadeau que l’on a choisi et payé le prix normal est revendu à moitié prix sur Ebay ou PriceMinister, c’est choquant. Si doublon il y a, on doit pouvoir l’échanger en magasin. Voire l’offrir à un nécessiteux. Mais de là à se faire de l’argent en revendant illico presto un cadeau que la personne a pris la peine d’aller choisir et de payer, est pour le moins un acte de goujaterie.

D’autres préconisent de ne plus perdre de temps à chercher des cadeaux : faites un chèque. C’est dommage, mais c’est l’assurance de ne pas trouver ses cadeaux en vente en ligne ou à un vide-grenier. Mais c’est de l’argent ! Il n’y a rien de plus impersonnel.

Revendre un cadeau est totalement représentatif d’une époque d’irrespect et de filouterie qui prône hypocritement l’“éthique”, terme passe-partout remplaçant celui de “morale”, jugé peut-être trop vieillot ou trop chrétien, mais qui n’en finit pas de fouler aux pieds ses principes et ses préceptes séculaires.

Qu’est-ce qui a permis l’essor de la revente des cadeaux ? Internet, bien sûr, qui est comme la langue pour Esope la meilleure et la pire des choses. Les sites marchands sont bien contents de voir les gens revendre les cadeaux puisque cela fait marcher leurs affaires. Notre société est gouvernée par le matériel. Malgré la crise, les gens, trop gâtés, n’apprécient pas le geste qui vient du coeur. Un cadeau que l’on offre, c’est penser au destinataire, chercher à lui faire plaisir, se donner du mal pour choisir, donner de son affection et de son temps, outre son argent. On peut parfois se tromper. Mais tout n’a pas que valeur marchande et plaisir absolu et immédiat. Il faut parfois savoir regarder au-delà. Sinon, offrez une poignée de main. Vous êtes sûr qu’on ne pourra pas la revendre ! Commençons par nous respecter nous-mêmes, et peut-être le respect de l’autre coulera de source…

Les fêtes de Noël comme du jour de l’an sont-elles trop “commerciales” ? En ce qui concerne le premières, on ne voit plus guère le rapport de cette gabegie mercantile avec la fête de Noël dont la magie n’existe plus et qui est devenue pour certains purement commerciale. On en est arrivé à un stade extrême de dénaturation de Noël. Au fait, Noël, c’est quoi ? En tous cas, pas la fête des objets. La Vie, ce n’est pas cela… La fête chrétienne a été tronquée de son sens premier. Les uns se sentent obligés de faire un cadeau, les autres n’y voient que l’aspect pécuniaire, le tout dans un déferlement d’objets dont personne n’a besoin. La crise… quelle crise ? Celle des sens, probablement ! C’est à l’image de notre société, l’égoïsme, l’égocentrisme, le paraître, l’indifférence…  

Belles paroles que celles de la chanson de Gilbert Bécaud :

“Laisse-moi te dire et te redire ce que tu sais :

Ce qui détruit le monde, c’est l’indifférence…

Elle a rompu et corrompu même l’enfance…

Elle te tue à petits coups, l’indifférence…”

Pierre Nespoulous