« Gouverner, c’est prévoir, et ne rien prévoir, c’est courir à sa perte »…

Lors de la révision constitutionnelle du 1er mars 2005, le principe de précaution a été intégré à la Constitution de 1958, au même titre que les droits de l’homme et du citoyen, précisant que « les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution, à la mise en œuvre d’applications des risques et à l’adoption des mesures provisoires et proportionnelles afin de parer à la réalisation du dommage ». Le principe ainsi posé passe d’un statut législatif, interprété par les jurisprudences des juridictions administratives et judiciaires, à un niveau constitutionnel.

La propagation planétaire du Covid-19 a précipité les Etats, les systèmes de santé, les sociétés et les économies dans un cauchemar inédit. Dans la gestion de cette crise, le confinement répond à ce principe de précaution.  Au moment où nous désirons l’appui de nos proches et le réconfort de notre entourage, nous devons nous isoler. Au moment où nous avons le plus besoin de divertissement, nombre de loisirs sont proscrits, restaurants, fêtes, bars, mariages, concerts, cinémas, manifestations sportives, sans doute à juste titre. Mais d’autres mesures n’auraient-elles pas été par avance opportunes, pour ne pas dire indispensables, pour ne citer que le renforcement matériel et humain de l’accueil hospitalier, le renouvellement du stock de masques, de tests, etc. ?

C’est aussi en 2005 – il y a quinze ans – que George Walter Bush, Président des Etats-Unis, alertait sur un risque de pandémie face à laquelle, contrairement à la grippe saisonnière, la plupart des gens n’ont pas bâti d’immunité. Il avait ainsi demandé au Congrès américain de débloquer 7, 1 milliards de dollars pour mettre en place tous les éléments répondant au principe de précaution : « Si nous attendons qu’une pandémie apparaisse, ce sera trop tard pour nous préparer et un jour de nombreuses vies pourraient être perdues parce que nous n’avons pas agi aujourd’hui. Quand une nouvelle souche virale émerge et peut se transmettre facilement d’une personne à l’autre et pour laquelle il n’y a pas, ou peu, d’immunité naturelle, contrairement à la grippe saisonnière, elle peut tuer ceux qui sont jeunes et en bonne santé aussi bien que ceux qui sont fragiles et malades. En ce moment il n’y a pas de pandémie de grippe aux Etats-Unis ou dans le monde, mais si nous suivons l’Histoire, il y a des raisons d’être inquiets.

« D’abord, nous devons détecter les épidémies quand elles arrivent n’importe où dans le monde. Deuxièmement, nous devons protéger les Américains en faisant des réserves d’antiviraux et améliorer notre capacité à produire rapidement un nouveau vaccin contre une pandémie virale. Et, troisièmement, nous devons être prêts à répondre au niveau fédéral dans l’éventualité qu’une pandémie atteigne nos frontières. Pour atteindre ces trois objectifs, notre stratégie nécessitera les efforts collectifs des autorités du gouvernement, de la santé et des domaines médical, vétérinaire et policier, et du secteur privé. Cela nécessitera la participation active du peuple américain et l’attention immédiate du Congrès pour que nous ayons les ressources en place pour commencer à installer cette stratégie tout de suite.

« La première phase de notre stratégie est de détecter toutes les épidémies avant qu’elles ne se répandent à travers le monde. Dans la lutte contre la grippe aviaire et pandémique, la détection précoce est notre première ligne de défense. Une pandémie ressemble beaucoup à un feu, un feu de forêt. S’il est maîtrisé assez tôt, on peut l’éteindre avec moins de dégâts. Si on le laisse brûler sans être détecté, il peut devenir infernal et se répandre rapidement au-delà de notre capacité à le maîtriser. Une pandémie n’est pas comme les autres catastrophes naturelles. Les épidémies peuvent se produire en même temps dans des centaines voire des milliers d’endroits. Et, contrairement aux tempêtes ou aux inondations, qui frappent en un instant puis se rétractent, une pandémie peut continuer de répandre la destruction à vagues répétées… Pour répondre à une pandémie, nous devons avoir un plan d’urgence en place dans les cinquante Etats, et dans chaque communauté locale… »

Face au défi gigantesque que la diffusion rapide d’un virus mortel comme le Covid-19 pose jusque dans les pays les plus développés, de l’Europe à l’Amérique du Nord, tous les Etats ont certes voulu mener depuis des décennies des simulations pour se prémunir du risque d’une pandémie. Aucun n’est prêt ! Une vérification des faits par USA To-day a récemment confirmé que, comme chez nous avec Hollande et ses ministères de Marisol Touraine à la Santé et de Macron à l’Economie, l’administration Obama avait autorisé l’épuisement des masques et des ventilateurs et apparemment ignoré les appels des experts à renouveler les stocks. Au milieu du coronavirus, l’avertissement de pandémie de GW Bush refait surface. Comme l’a dit Emile de Girardin : « Gouverner, c’est prévoir, et ne rien prévoir, c’est courir à sa perte »…

Pierre Nespoulous