Halte à la confusion
Les sexes sont égaux, pas identiques !

Je ne crois pas sérieusement que Vincent Peillon, de propos délibéré, ait projeté d’instituer dans l’enseignement public des pratiques relevant de la théorie du genre. Peut-être a-t-il commis quelques imprudences qui ont pu l’en faire soupçonner et qui ne lui évitent pas d’être aujourd’hui un point de rencontre des contestations.

Car, il est habituel en France de laisser naître des affaires dont l’existence ne tient qu’à la confusion entretenue sur leurs données.

Il en est ainsi de la promotion de la femme justement recherchée au nom du principe d’égalité qui conduit certains à tomber dans ce contresens historique qui a toujours confondu l’égalité avec l’identité. En effet, si l’homme et la femme doivent bénéficier chacun de la même liberté, cela ne saurait cependant les rendre semblables car l’égalité n’est qu’un principe second de la liberté. C’est parce qu’ils sont chacun appelés aux mêmes libertés qu’il y a des égaux.

Or, en recherchant dès l’enfance des comportements uniques ou non différenciés ce n’est pas la liberté que l’on recherche, c’est une sorte d’unification des sexes.

Les récentes orientations législatives dont des esprits trop faibles se réjouissent en les qualifiant d’avancées, apparaissent trop comme des incursions aventureuses dans le domaine d’un absurde qui cherche lui aussi à s’organiser.

Certains disent que si l’homme et la femme doivent être les mêmes, un choix exercé entre des semblables reste inoffensif et la dualité imposée par la nature peut être sinon effacée, mais tout au moins spirituellement dominée, puisque après tout on peut comme Narcisse épouser une image semblable. 

Il reste que la théorie du genre conduit à la confusion des sexes; elle apparaît opportunément comme une explication ou une justification des errances socié-tales que furent le mariage pour tous ou que seront les découvertes annoncées qui permettront à certains d’élever des enfants qu’ils auront acheté dans le ventre d’une autre, à la commande et sur mesure.

Il s’agit de normaliser l’anormal et d’organiser le monde de l’absurde qu’il faut le redire n’attend que çà.

C’est précisément après la disparition des deux idéologies de l’absurde qui ont hélas illustré le XXème siècle qu’un vide abyssal s’est crée dans le monde, puisque si tout avait heureusement disparu, rien n’avait été remplacé. Le capitalisme quasi-universel et les prétendues lois du marché furent depuis destinés à la conduite d’un monde qui croit avoir besoin avant tout d’efficacité . Mais l’efficacité n’est qu’une science de l’immédiat. 

Il ne s’agit heureusement plus d’idéologies mais de systèmes et un système est fondamentalement une pratique qui laisse à d’autres le soin d’expliquer le monde, de suivre son évolution et d’imaginer son avenir.

Ceci fut longtemps la tâche du christianisme qui se confondit avec la civilisation occidentale et qui en reste l’assise historique la plus évidente même si on croit devoir aujourd’hui le contester.

Aussi, observe-t-on que le remplissage du vide est assuré par toutes sortes d’errances intellectuelles, d’ésotérismes ténébreux, de pratiques prétendument salubres et de rédemptions possibles.

A côté de tant d’autres, la théorie du genre est l’une de celles qui se propose aujourd’hui d’encombrer le vide mais bien qu’elle ne soit encore qu’une fiction, elle ne se développera pas sans conséquence. Ce sont les esprits les plus faux qui sont naturellement les plus dangereux.

Si l’on souhaite que d‘une manière ou d’une autre, la théorie du genre s’établisse on devra s’attendre à voir disparaître certaines des plus grandes émotions qui ont jusqu’ici enchanté le monde.

Vincent Peillon qui est agrégé de l’Université et Docteur en philosophie devrait si la dévaluation des sexes et la société des identiques s’établissaient se résoudre à voir disparaître à peu près toute la littérature française qui est fondée sur le couple.

Abelard, Heloïse, Tristan, Yseult, Phèdre, Bérénice, Julien, Fabrice, Adèle, Eugène, Marius, Cosette Diane, Angèle, Fany,… tous hommes ou femmes porteurs de ce sublime contraire, de cette différence merveilleuse indispensables à l’éclosion des passions les plus tendres comme les plus redoutables, révélées par ceux qui pour nous en ont fait des chefs-d’oeuvre.

Dans quelle obscurité, dans quel archaïsme si l’homme et la femme au lieu d’être contraires sont identiques, vont se mouvoir ces héros dont beaucoup sont multi-séculaires et qui pourra comprendre ce qui a pu les séparer ou les réunir ?

Alors où en sommes nous et où veut-on nous conduire ?

Il n’y a pas si longtemps une Dame avait parlé de troisième sexe. Nous n’en sommes plus là puisque bientôt on parlera d’un seul. Mais pour l’heure, tout cela consisterait à ouvrir, à partir d’un socle unique, qui bien entendu serait mental, une possibilité de choix, sur ce que chacun a pour vocation d’être et qui n’est pas obligatoirement ce qu’impose la nature.

Il s’agit là d’une nouvelle avancée de la liberté puisque loin d’être ce que l’on est, ou ce que l’on doit, on sera ce que l’on veut.

Que ces considérations marmiteuses soient le contraire de toute pensée rationnelle est facile à démontrer mais elles sont aussi en contradiction avec ce que nous savons de la vie qui a toujours été une explosion puisqu’elle est allée depuis ses modestes débuts en se ramifiant, en se complexifiant et sans se replier jamais sur elle même puisque le principe de son progrès est la création à partir de contacts précisément différenciés. 

Voilà pourquoi ceux qui manipulent des évidences éternelles au profit des cohérences que recherche l’absurde nous apparaissent comme les sorciers d’une humanité obscure.

Or, nous n’avons pas besoin de sorciers, nous avons besoin d’enchanteurs !

Comment ne voient-ils pas que l’univers comme eux mêmes d’ailleurs, n’existent et ne renaissent chaque jour que grâce à cette rencontre miraculeuse de ces deux contraires irremplaçables qui seront toujours, l’homme et la femme.

Jacques Limouzy