Hippolyte Ducos, le dernier combattant de la langue latine

Je l’ai connu à l’Assemblée nationale où il était notre doyen et je devais l’y voir disparaître. Il était là depuis 1919 et devait y parcourir onze législatures, député radical du Comminges à tout jamais (de 1919 à 1970).

Né en 1881, il avait accompli ses humanités comme l’on disait alors comme boursier au collège de Revel.

Agrégé des lettres classiques en 1907, professeur de lettres au lycée de Carcassonne en 1908, au lycée de Montauban, de Foix en 1912, à Albi en 1918 et de Toulouse en 1919.

Caporal d’infanterie en 1914, il revint en 1918 Lieutenant et Chevalier de la Légion d’honneur. Elu député en 1919, plusieurs fois ministre mais pour peu de temps comme on l’était sous la IIIème république. Il fut secrétaire d’Etat au Ministère de l’Education nationale dans le gouvernement Daladier et militera pour la défense de l’école.

Il rentra sous la Vème République dans une farouche opposition aux atteintes portées à l’enseignement du latin et du grec. Ce fut d’abord contre Edgar Faure qui reporta le latin de la sixième à la quatrième, ensuite contre Olivier Guichard alors ministre de l’Education.

Le 12 décembre 1969, au cours d’une question orale, il était à la tribune à propos des langues anciennes ; il avait 88 ans, très fatigué, à peine audible. J’étais au banc du Gouvernement où chargé des relations avec le Parlement, je devais remplacer le Ministre de l’Education nationale absent.

A plusieurs reprises, il s’effondra sur la tribune puis se releva reprenant son propos qu’il finit je le crois par achever. On dut l’emporter, il ne devait plus revenir à l’Assemblée nationale dont il était le doyen, il devait décéder chez lui à Saint-Gaudens en novembre 1970 quelques jours après Daladier et De Gaulle.

Le Premier ministre Jacques Chaban-Delmas m’envoya représenter le Gouvernement à ses obsèques ; j’étais accompagné par le Préfet de région Pierre Doueil qui avait été Sous-préfet de Castres.

Une surprise nous attendait à la collégiale de Saint-Gaudens où ses obsèques eurent lieu. L’église romaine qui, ayant elle aussi semble-t-il à se faire pardonner d’avoir abandonné le latin, avait décidé d’offrir à ce vieux mécréant une Messe des Morts en latin.

Pendant l’office et à plusieurs reprises, on avait dû chasser un chien qui s’approchait du cercueil, puis on l’avait laissé faire, c’était le sien.

Ensuite, au fond de l’église et tourné vers l’extérieur, on entendit le dernier salut du Parti républicain radical et radical socialiste.

Depuis chaque fois qu’on touche au latin, comme aujourd’hui, je pense à Hippolyte Ducos.

Jacques Limouzy