II – L’Europe : Elle n’est plus celle qu’elle était mais elle pèse encore lourd

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Aujourd’hui, cette modeste péninsule de l’Eurasie où, depuis la protohistoire, de successives invasions vinrent buter sur l’Atlantique, est agitée de troubles insolites et d’interrogations profondes.

Ce promontoire déchiqueté de l’ancien continent groupe à peine le 1/10 de la population du globe et 1/100 de sa superficie. Il reste qu’il a été depuis 3 000 ans l’essentiel du monde, qu’il a agité celui-ci par la turbulence de ses combats et par le succès de ses créations.

Ici la Grèce inventa la Cité, Rome l’État, la France la Nation. Trois notions qui, selon l’occasion historique, se recouvrent, se confondent ou se séparent, mais quelles que soient les définitions, les principes profonds de ces notions n’ont pas changé. C’est notre chance et c’est notre malheur et particulièrement en France.

Car la monarchie, les républiques et l’empire eurent à l’égard du peuple français le même dessein qui aboutit à une réussite exemplaire : La Nation Française. Celle-ci acquit, en divers moments de l’histoire, un rayonnement universel.

Il est donc très difficile d’introduire dans la conscience d’un citoyen français qui argumente constamment sur la France et sur le monde une troisième dimension, la dimension européenne. Il est encore plus délicat de le faire depuis qu’au xxe siècle l’Europe n’est plus le monde.

Mais la résistance de la France à une certaine idée de l’Europe ne doit pas être la négation de l’Europe.

Vouloir que l’Europe ne soit ni anglo-saxonne, ni germanique, ni latine, mais européenne, est un réflexe salutaire mais qui ne doit pas être négatif.

Au moment des pires affrontements de son passé, il y avait une société et une civilisation précisément européenne et le prestige de la France y était tel que nos pires ennemis ; comme Frédéric Le Grand, Catherine de Russie et bien d’autres, se voulaient Français au niveau du comportement, des mœurs, de la langue et de la culture. Ces adversaires déterminés se posaient en propagandistes acharnés de nos lettres, de nos arts, de notre manière de vivre et finalement de notre société et quel que soit le jugement que l’on porte sur la nature de l’ancien régime en France, il faut bien admettre que la lumière qui éclaira dès le XVème et le XVIème siècle les despotismes européens était française. Nous n’avons plus cette puissance, ou plutôt, nous n’avons plus cette puissance seuls.

Au Moyen Âge, dans le monde qui comptait, 1 Européen sur 4 était Français. Sous Napoléon, 1 sur 5. Aujourd’hui, 1 homme sur 100 est Français dans le monde, et des États, comme le Brésil et l’Indonésie sont déjà deux à trois fois plus peuplés que la France. Tout en gardant notre indépendance et notre libre détermination, il nous est difficile de continuer seuls à l’aube d’un nouveau siècle. La Chine a déjà un milliard d’habitants et l’Inde va la doubler.

Il faut donc sauver le ventre mou de l’Occident.

(A suivre)

Jacques Limouzy

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