III – Il faut sauver le ventre mou de l’Occident

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Aujourd’hui s’il fallait donner un sens et surtout un objectif, ce serait de réconcilier ceux qui croient encore à l’Europe et ceux qui n’y croient déjà plus. Alors que faut-il faire ?

Il faut cesser d’ensevelir le passé, la culture et les évidentes potentialités de l’Europe sous un réformisme bureaucratique accoucheur de monstruosités technocratiques qui échappent trop souvent à la gouvernance européenne et au contrôle de son assemblée.

Il faut reconnaître qu’une injustifiable boulimie a conduit l’Europe des six puis des douze à grouper trop d’États dont il faut maintenant digérer les incapacités.

Il faut mettre fin à la mouvance de frontières successives, de moins en moins contrôlées laissant entrer une foule de chercheurs d’allocations, d’inassimilables porteurs de destins de parasites sociaux.

Enfin, lorsqu’on n’a pas de frontières certaines, on est mal placé pour contester celles des autres et d’entretenir avec la Russie un conflit sans avenir faute d’apercevoir que M. Poutine vient de réussir la synthèse du Tsarisme, du Stalinisme et de l’orthodoxie, que la Russie est donc redevenue une Nation qui fera peu de cas des menaces et des sanctions de l’Europe tant que celle-ci apparaîtra comme le ventre mou de l’Occident.

Sans défense véritablement organisée, sans diplomatie réelle, elle reste sans réaction crédible devant tout événement majeur.

Son assemblée semble vouée à la platitude des débats, et montre quelque ressemblance avec les Diètes du Saint Empire romain germanique qui siégeaient à Francfort, à Ratisbonne ou ailleurs.

La direction est celle d’un Gouvernement d’experts dont chacun est remarquable en son particulier mais qui groupées en commissions assurent mal le général qui serait pourtant nécessaire.

L’autorité qui doit être celle du Conseil des ministres fait penser quand tout va mal à quelque roman de cape et d’épée et quand ça va bien à la lecture de la « Semaine de Suzette ».

Bref, l’Europe a tellement déçu depuis les intentions de ses fondateurs qu’elle mériterait qu’en leur nom on vote contre elle comme le proposent certains.

Pourquoi ne le ferons-nous pas ? Parce qu’au-delà de l’Europe et sans elle, il n’y a rien, sinon le monde avec même pas 1 français sur 100, bientôt moins, et même de moins en moins.

Ce n’est pas seuls que nous pourrons assurer la montée de la Nation vers son destin : Bien sûr, c’est avec d’autres avec qui il ne peut y avoir de liens de subordination puisqu’ils ont le même problème que nous.

Il faut dire que ce n’est pas simple de faire aller ensemble une monnaie trop forte, des frontières trop molles, un multi-culturalisme dévastateur, des modifications sociétales qui mettent en cause la nature même de l’homme, une politique extérieure inexistante parce que pourvue de moyens de négociation désuets, enfin des États qui n’apportent rien et demandent beaucoup.

Ce n’est pas simple, il faudra des sacrifices, peut-être des ablations pour que l’Europe reparte d’un bon pied.

L’Europe comme Carthage ne doit pas être détruite, elle est à réformer et peut-être à refaire. Même si elle ne le mérite pas, une chance historique ne peut lui être refusée.

Car bien souvent ce sont aux bâtards et aux enfants prodigues qu’est réservé un avenir lumineux.

Mais comment veut-on que les peuples ne s’en prennent pas à l’Europe passoire, à l’Europe du chômage, des banques, de l’inefficacité, des tolérances coupables sans destin affirmé et donc sans avenir ?

Il reste que l’Europe est nécessaire, elle est même obligatoire. Il convient de la muscler, de la défendre, de la faire apprécier et d’allumer aux yeux des peuples les lumières probables de son avenir.

Si nous ne faisons rien, si nous n’innovons pas, ce sera, c’est déjà : l’Europe du Volapük, celle dont de Gaulle ne voulait pas.

Jacques Limouzy

 

 

 

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