Il n’y a qu’un Languedoc

Partager sur :

Afin d’en réduire le nombre en les associant à deux ou à trois, le Premier ministre vient d’évoquer l’organisation territoriale de la France en Régions.

Ce fut une sorte d’empirisme que l’on dit organisateur qui dessina vers la fin de la Troisième République des régions dites économiques qui deviendront en 1955 des régions de programmes qui devaient faire l’objet d’un plan régional dans le cadre du plan national.

Elles devinrent enfin des collectivités territoriales, celles-là même dont Manuel Valls veut arrêter le nombre entre neuf et onze afin de leur donner un poids semblable à celui des régions européennes tout en rendant leur administration moins coûteuse.

 

I – Les restructurations territoriales

En France, les redécoupages, les mutations territoriales ou les fusions sont surtout le fait de périodes révolutionnaires. Il en fut ainsi des départements, nouveautés géographiquement semblables marquées par l’égalité, substituant à des provinces dont les limites étaient brisées des noms de fleuves, de rivières et de montagnes. Mais il faut dire que les provinces n’étaient égales ni en dimension ni en droit.

L’Aveyron est un exemple parfait de la dislocation territoriale des provinces, lorsque son nord est en Auvergne, son centre-ouest en Aquitaine et son sud en Languedoc.

Or l’actualité en se montrant rebelle à toute réforme n’a rien de révolutionnaire. Il reste que certains rapprochements paraissent évidents comme celui de la Haute et de la Basse-Normandie mais après avoir défini le nouveau profil des deux capitales régionales Caen et Rouen.

 

II – Deux ou un Languedoc ?

Il en serait de même du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées sans la présence de Toulouse et de Montpellier qui de chefs-lieux ont redécouvert aisément des destins perdus de capitales.

Or, comment ne pas se souvenir que le Languedoc de Toulouse et celui de Montpellier ont cheminé ensemble dans l’histoire durant plus de six siècles.

Jusqu’en 1789 en effet, il y avait une assemblée commune les Etats du Languedoc, un Président commun, l’archevêque de Narbonne, qui était de droit puisque c’est depuis Narbonne qu’un double regard se porte sur Toulouse et sur Montpellier.

Cette ambivalence s’appuyait sur un budget commun et une administration comme un contrôle parfois bicéphales.

Il en fut ainsi de l’oeuvre nationale la plus considérable du XVIIème siècle, le Canal royal du Languedoc : un promoteur de Béziers, Paul Riquet, des emprunts cautionnés par la Province du Languedoc, un contrôle technique par la direction des travaux publics à Nîmes, un contrôle financier par une section de la cour des aides de Toulouse pour les dépenses engagées.

Le bicéphalisme s’exprime aussi dans le budget de la Province à travers les aides et notamment celles perçues par les deux Universités, différentes pour chacune d’elles, le droit et les lettres mieux servis à Toulouse et la médecine à Montpellier, donnant à chacune d’elles des profils qui ont quelquefois perduré jusqu’à nos jours.

La dualité d’aujourd’hui est-elle un obstacle ? Il y a deux fleuves la Garonne et la rive occidentale du Rhône. Ces deux fleuves vont vers deux mers. Il y a deux soulèvements et entre l’orogenèse hercynienne et les Pyrénées il y a peu d’espace.

Aujourd’hui, une certaine approche de l’Aquitaine avec la Bigorre et le Quercy, d’autre part l’union du Roussillon à la Région Languedoc, élargissent le problème posé et rendent plus difficile la recherche d’un point de synthèse réunissant des mondes en apparence opposés et qui cependant n’en ont fait qu’un durant des siècles.

III – Semblable au passé, l’avenir sera unitaire

La réunion des deux Languedoc reste possible, il n’y a pas que des chemins perdus à retrouver, il y des initiatives nouvelles à porter.

Nous appartenons à une vaste partie du territoire national qui entre l’Aragon et les proches domaines capétiens faillit devenir un Etat.

Disposant d’une langue devenue son propre nom, il fut un fragment de l’Antiquité jeté au cœur du Moyen-âge.

Depuis l’Arianisme, depuis la Croisade et jusqu’à la Réforme si importante en Languedoc, son histoire est celle de Dieu sur la terre depuis mille ans.

Denis de Rougemont est allé jusqu’à y situer la naissance de l’amour courtois dont il fit l’un des mythes fondateurs de la civilisation occidentale.

Un rationalisme pratique, hérité de Rome à travers les institutions municipales, l’art merveilleux de la cuisine, la présence de la vigne font que l’on y ressent encore un certain sens dionysiaque du monde.

En outre perdure encore cette civilisation du verbe, héritière du logos “Si je ne parle pas, je ne pense pas” système naïf mais éclatant de la pensée langage.

Enfin, c’est ici que l’univers des deux Languedoc a montré voici plus de trois siècles sa capacité de réaliser de grandes ambitions comme celle de réunir les deux mers.

C’est depuis le seuil de Naurouze où l’eau coule dans les deux sens que les deux Languedoc se séparent, se rencontrent ou s’effacent pour n’être qu’un seul.

Pour que cela soit, il fallut une volonté souveraine, l’adhésion de Colbert, l’insertion dans la politique économique nationale, le service et le contrôle d’administrations provinciales déjà modernes, les plus grandes techniques du temps et le souci constant d’épouser avec grâce et parfois avec majesté l’humanité de la nature.

Ce fut un Languedoc unique qui depuis Toulouse, Narbonne, Béziers, Montpellier et Nîmes, depuis le Lauragais, Revel et la Montagne Noire réalisa la plus grande œuvre classique de l’époque à qui il ne manqua rien jusqu’à ce bouillonnement culturel qui environne les grandes entreprises.

Jacques Limouzy

1 comment

Comments are closed.