Il y a 300 ans, Mgr Quiqueran de Beaujeu, Evêque de Castres, prêtre de l’oratoire, Gallican irréductible, terminait la Cathédrale Saint-Benoit

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Au moment où de nombreuses cérémonies s’annoncent à Castres pour célébrer le tricentenaire de la Cathédrale Saint-Benoît, il semble que rien ne soit encore prévu pour évoquer à propos de l’année 1718, l’état de la Ville, du diocèse, la personne de son Evêque, comme aussi celui de la France où Philippe d’Orléans en est à sa troisième année de Régence comme encore celui de Rome où le Pape Clément XI n’arrive pas à imposer en France l’obéissance à sa bulle « Unigenitus ».

Cette bulle pontificale avait pour objet de condamner une proposition extraite des « Réflexions morales sur le nouveau Testament » de l’oratorien janséniste Quesnel.

Cette querelle s’annonçait lorsque Mgr de Beaujeu devenait en 1705 Evêque de Castres. Il avait été le vicaire général à Nîmes de Fléchier ; le plus grand prédicateur de l’époque, l’Evêque de Castres avait su si bien hériter de cette qualité qu’il fut choisi en 1715 par l’assemblée du clergé pour prononcer l’oraison funèbre de Louis XIV.

Il était à Castres depuis 1713 où il avait voulu arriver modestement car le diocèse connaissait une crise conséquente de la révocation qui lui avait fait perdre sa bourgeoisie protestante.

Mgr de Beaujeu fonda le grand séminaire du diocèse dans les locaux libérés de la Chambre de l’Edit dont il reste quelques traces entre la rue Bonne de Momtmaur et la rue Gambetta qui n’existait pas et en 1718, il termine la cathédrale. C’était le moment où s’accéléraient les contestations nées de la bulle « Unigenitus » et on raconte même qu’il y aurait eu à Castres des batailles de rues.

En effet, la précédente année 1717, le Cardinal de Noailles, Archevêque de Paris, et d’autres évêques avaient appelé à la tenue d’un concile général destiné à revenir sur la bulle « Unigenitus ».

Mgr de Beaujeu n’est pas janséniste mais il est de l’oratoire et surtout parce qu’il est un irréductible gallican, il suit le Cardinal de Noailles dès 1718.

Que le Pape ne soit pas infaillible peut étonner un catholique d’aujourd’hui mais le gallicanisme de l’époque avait des antériorités mémorables : « Les Pragmatiques sanctions ».

La première en 1268 est de Saint Louis : la France ne relève que de Dieu seul, les Evêques et les Abbés sont élus par leurs chapitres.

Le Pape ne pourra excommunier pour des motifs temporels ni percevoir dans le Royaume des subsides pour les conflits ou les guerres que le Saint siège peut conduire et qui ne relèvent pas de la doctrine de la Foi.

Avec « la Pragmatique sanction » de Bourges (Ordonnance de Charles VII), c’est autre chose ! Elle a été rédigée et mise en oeuvre par le plus grand homme d’Etat de l’époque, théologien, canoniste, confesseur de Charles VII, soutien de Jeanne d’Arc : Gérard Machet encore un Evêque de Castres !

Reprenant la pragmatique sanction de Saint Louis, elle va plus loin et même très loin : Les décisions d’un concile général s’imposent au Pape.

C’est le gallicanisme à l’état pur, c’est la base de la recherche du Cardinal de Noailles : La souveraineté des conciles généraux.

Le Cardinal de Noailles comme l’Evêque de Castres ne pouvaient douter de la supériorité des décisions d’un concile général puisqu’ils en demandaient la convocation.

D’ailleurs à Castres, Mgr de Beaujeu confirmait son appui au Cardinal Archevêque de Paris dans une lettre pastorale aux églises du diocèse.

Il manifestait son indépendance en proscrivant dans le diocèse la liturgie de St Grégoire VII(Pape).

A Paris, le Pape harcèle le Régent sur l’application de la bulle « Unigenitus ». Sinon, il n’y aura pas de chapeau de cardinal pour l’abbé Dubois. La Cour à Versailles ironise : comment le Pape fait-il régler les difficultés de l’Eglise par un homme qui ne croit pas en Dieu ?

On en vint à recommander de refuser les sacrements à toute personne soupçonnée de jansénisme.

C’est ce qui arrive à l’Evêque de Castres, lorsque, parti visiter sa famille en Provence et tombé malade, il se voit refuser l’extrême-onction par son cousin, l’Archevêque d’Aix. On eut quelque peine à décider un simple aumônier à s’y risquer.

Comment tant cela finira-t-il ?

Vingt-ans après la mort de Mgr de Beaujeu, une bulle du Pape Benoit XIV parut en 1756 : « OMNIBUS CRISTIANI ORBIS REGIONIBUS ».

La bulle « Unigenitus » est maintenue mais il n’est plus question de refuser les sacrements sauf à de très grands personnages pour l’exemple.

Le Cardinal de Noailles et Mgr de Beaujeu avaient disparu sans perdre le soutien du Parlement de Paris et d’une partie de l’épiscopat français resté Gallican.

C’est la loi de 1905 qui mettra une fin définitive au gallicanisme.

Depuis Charlemagne, François 1er et Bonaparte, aucun évêque Français n’était nommé par Rome.

Ce qui faisait dire au rapporteur de loi de 1905 Aristide Briand : « Pie X a gagné sur tous les tableaux ».

Jacques Limouzy