Internet et la troisième guerre

Les changements provoqués par l’apparition du numérique compteront demain au nombre des plus décisifs de l’histoire. On ne manquera pas de remarquer qu’une révolution de cette dimension s’accomplit dans cet immense vide laissé par le passage et la disparition des idéologies primaires qui avaient, au dernier siècle, l’une et l’autre, désolé cruellement le monde sans heureusement le détruire.

Sans être une idéologie, le numérique passe seulement pour une technique de plus au service de tous et de chacun, site du n’importe quoi au service de n’importe qui. Mais le temps ne manquera pas de venir où l’immersion constante dans le virtuel, où la concentration et l’abondance des données supprimant les contacts anciens et élémentaires et où la dématérialisation du monde concret conduiront à fissurer l’enveloppe cérébrale de l’intelligence au bénéfice d’une mutation mentale qui ne sera, certes pas la première, au bénéfice du phénomène humain depuis que celui-ci s’est détaché de l’évolution entreprenant de la précéder en attendant un jour de la conduire.

Quelle que soit son accélération probable, l’aboutissement de cet évènement empruntera des marches successives pour chacune plusieurs fois multi-séculaires. Aussi, revient-il à l’immédiat, c’est-à-dire à l’actualité, de mettre de l’ordre dans le monde numérique qui s’annonce et qui est déjà l’objet d’entreprises de confiscations de la part d’adversaires dont la

présence se fait universelle, la forme non identifiée et la démarche occulte mais dont l’action s’apparente à la mise en place d’une troisième guerre avec ses lieux d’affrontements ponctuels et ses armes inattendues, sans que nous ayons à son égard cette certitude du risque qui ferait de nous des combattants !

Aller porter le doute, la destruction et la mort, à distance et chez les autres, fut le rôle premier de l’artillerie ; le rôle d’Internet n’est pas différent, manipulé par des adversaires déterminés et si rien ne lui est opposé, il détruit l’âme d’esprits faibles ou immaturés et propose l’action à ceux qui la cherchent à tout prix ; il prêche au nom d’un au-delà et d’un Dieu qui est fait à l’image des hérétiques et des sectes de l’Islam, jusqu’à faire que la véritable caricature de Mahomet soit en définitive le Terrorisme !

Cette détermination, à convertir les plus fragiles par la voie d’Internet, sur les multiples réseaux individuels ou sociaux, s’adresse en premier lieu à la jeunesse.

Et pourquoi ? Parce qu’elle a toujours été la première utilisatrice des grandes nouveautés techniques. Parce que l’affiliation aux réseaux que permet Internet isole du monde adulte qui s’y trouve moins présent ; sans disparaître tout à fait, l’échange inter-générationnel de-vient marginal.

Comme il faut qu’il y ait bien un tuteur quelque part, et comme s’effacent chaque jour la famille et l’école, un espace sans borne et désacralisé s’ouvre à des consciences encore fragiles, et comme on sait que l’information et la communication sont les vecteurs essentiels du pouvoir, on comprendra que certains n’ont pas manqué de téléguider des ordres à leur profit.

Là, ce n’est plus de l’artillerie, c’est le bureau de recrutement installé ici et là dans un monde qui ne réagit pas à la hauteur de l’agression.

Or, comme la langue d’Esope, Internet est un instrument réversible.

Autrement qu’à la liberté, il est encombré par la débilité et la grossièreté dont on veut croire qu’elles ne sont pas congénitales, un autre espace et pas le moindre est employé au dévoiement des âmes, il doit être anéanti !

Si c’est une guerre, il faut la faire ! Si Internet est une arme, il faut l’employer ! Si c’est le terrorisme, il faut retrouver contre lui les réactions et les moyens qui furent jadis ceux du monde libre.

Jacques Limouzy