Irresponsable !

Ce 2 mars, Emmanuel Macron a reçu à l’Elysée quatre des petits-enfants d’Ali Boumendjel, auprès desquels il tenait à reconnaître au nom de la France que celui-ci avait été torturé et assassiné en 1957 lors de la guerre d’Algérie. C’est là un des « gestes d’apaisement » recommandés par l’historien Benjamin Stora dans son rapport sur la colonisation et la guerre d’Algérie, commandé par le chef de l’Etat. Il suggère des gestes de repentance vis-à-vis du pouvoir FLN d’Alger, comme un sous-traitant de la propagande algérienne pour cette jeunesse qui peuple nos villes et nos banlieues. Espère-t-il calmer ainsi ses insultes et ses violences ?

Confier ce rapport à Stora, sans contradicteur, alors que l’on connaît si bien ses positions, cette demande indiquait bien les conclusions souhaitées par Macron dont les déclarations antérieures ne laissaient guère de doute sur la question. C’était s’appuyer sur le rapport d’un spécialiste certes reconnu mais totalement partisan. Après le « crime contre l’humanité », tache indélébile de la mémoire macronienne, cette dernière reconnaissance de la terreur infligée au peuple algérien par l’armée française est un geste irresponsable, propre à raviver des haines et des blessures des deux côtés. Repentance de quoi ? On ne fait pas une guerre et on ne mate pas une rébellion sans casse.

Une fois de plus, le locataire de l’Elysée réactualise les actions de la « grande muette » française contre le FLN  en recevant la famille d’un ancien terroriste. Une fois de plus, il déstabilise l’honneur de la France et fait plaisir par ce geste au pouvoir algérien. Une fois de plus, il salit l’Histoire de France. Aux yeux de certains, il n’en faudrait pas plus pour être accusé de négationnisme. Il ne condamne qu’une partie des événements : il ne juge que la France. Il ne veut pas se souvenir des assassinats par le FLN des civils et des militaires ni de tous les disparus. Rappellerait-il le sort des époux Monnerot, ces instituteurs dévoués qui allaient enseigner les enfants dans un village perdu, les premiers morts de la rébellion, lâchement égorgés ? Il n’était pas né…

Son jeune âge n’excuse pas qu’il ne veuille pas se souvenir des européens ou autochtones torturés, égorgés, les membres brûlés et les chairs boursouflées sous les supplices des rebelles. Il ne veut pas connaître l’histoire des femmes et des enfants emprisonnés et servant d’esclaves sexuels à leurs bourreaux. Il ne veut pas lire les témoignages de ceux qui sont revenus de l’enfer fellagha, ni se souvenir du massacre de la rue d’Isly ou de celui d’Oran. Comment s’en souviendrait-il ? Il est d’une génération blasée, différente de cette jeunesse qui a brûlé ses plus belles années dans les djebels, et dont certains ne sont pas revenus…

Ce jeune Président se prosterne honteusement en faisant semblant d’ignorer les massacres, les gens émasculés et autres tortures de civils sommés de choisir « la valise ou le cercueil », ainsi que les charniers de harkis découverts après l’indépendance. Même pas honte… Mitterrand s’était opposé à juste titre à tout geste de repentance vis-à-vis de l’Algérie, pays créé de toutes pièces par la France. Dans cette repentance partielle et partiale, « hémiplégique »  selon Arnaud Benedetti, il va dans le sens de la propagande algérienne. Son devoir minimum consisterait à apaiser les tensions sur un sujet aussi sensible. Encore faudrait-il qu’il connût ledit sujet. Nous avons tout à craindre l’année prochaine pour le soixantième anniversaire des accords d’Evian.

Cette Algérie, dont le gouvernement pratique la surenchère dans la culpabilisation pour masquer ses difficultés intérieures, y voit un excellent dérivatif pour canaliser son opinion publique, incitant à la haine de la France sa jeunesse qui marcherait sur l’eau pour rejoindre nos côtes si elle le pouvait… La guerre d’Algérie a été une épreuve terrible. Les morts doivent dormir en paix ; les réveiller ne fait qu’accroître les tensions et provoquer de nouvelles querelles. Emmanuel Macron pratique une mémoire sélective et s’affranchit de toute neutralité propre à une étude sereine de l’Histoire. L’ancien premier ministre indien recevant, en 2005, à l’Université d’Oxford le titre de Docteur Honoris causa, souligna les bienfaits de la colonisation britannique de l’Inde, que celle-ci fut amenée à combattre, mais dont elle tira également selon son propre sentiment « des conséquences bénéfiques ». A quand le même aveu d’un dirigeant algérien ?

Sinon, perpétuons les ressentiments de culpabilisation et d’ethnomasochisme, en demandant aux Italiens d’exprimer leur repentance pour la colonisation de la Gaule par Jules César ! Puisque nous sommes dans l’outrance, pourquoi ne pas évoquer Mohamed Attal, journaliste africain qui a jeté à son tour un pavé dans la mare des relations tourmentées entre la France et l’Algérie. Il demande à Paris des « excuses officielles » pour avoir « volé à son pays ses richesses », réclamant que « la France rende la Tour Eiffel aux Algériens », puisqu’elle a puisé dans leur minerai de fer pour la construire !