Jacques Limouzy restaure le roman national

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Dans son dernier ouvrage, La Nation française, Jacques Limouzy échappe au temps pour raconter l’avenir. Ce «roman d’aventures et d’amour», est un antidépresseur à prescrire à tous ceux qui doutent de la continuité du récit national. Il montre que la volonté et l’ambition politiques ne sont rien sans une vision pour les inspirer.

Certes, Jacques Limouzy a beaucoup écrit, chaque semaine depuis quarante ans dans son hebdomadaire devenu aujourd’hui numérique.

A travers les polémiques qu’il a pratiquées avec délices, il s’est échappé une vision du monde et de la société plus classique que traditionnelle, à la recherche de l’universel plus que de l’international.

Jacques Limouzy fut toujours un conteur. Aussi nous livre-t-il aujourd’hui un récit vivifiant des origines de la Nation française se séparant avec allégresse de la mélancolie d’Éric Zemmour et du désespoir d’Alain Finkielkraut. Il partage une conviction : «Il n’y a pas de sujet plus exaltant que celui qui conduit à parler de la France, car aucune nation n’a couru tant de risques, n’a surmonté tant d’épreuves dont elle a dû renaître sans rien perdre d’elle-même depuis les profondeurs de l’adversité».

«Laissant l’Histoire aux historiens qui la font», nous dit-il avec distinction, Jacques Limouzy parcourt d’une manière alerte et sous une forme limpide les épisodes fondateurs du récit national souvent anecdotique mais qui éclaire avec sagesse les débats actuels sur les institutions, l’identité, le rôle des religions et de la laïcité, l’écologie, l’Europe, l’éducation, le numérique et la vie politique. Une seule idée montre comment il aborde la politique de manière confiante si l’on fait une lecture sereine de l’histoire : Il considère que dès ses origines, la France a été débarrassée de l’hypothèque raciale pour devenir une Nation.

Chargé des relations avec le Parlement durant près de sept ans dans les Gouvernements de Jacques Chaban-Delmas et de Raymond Barre, il en a gardé des amitiés éclectiques jamais inavouables, parce qu’il est un humaniste visionnaire propre à un œcuménisme positif.

Dans les années 90, cet esprit ouvert s’est plongé dans le numérique et a créé sur le Causse de Castres-Mazamet une sorte de Silicon Valley : «Les progrès du numérique s’insèrent dans le mouvement général de la connaissance porté par les sciences contemporaines», écrit-il dans « L’homo sapiens numericus ». Dans l’action, il a préféré le service du bien commun aux querelles partisanes : «On n’a pas besoin d’être d’accord sur tout et tout le temps pour faire des choses ensemble», dira-t-il en novembre 2012. Plus gaullien que gaulliste, Jacques Limouzy pense que : «L’homme n’est pas seulement là pour organiser les événements qu’il subit mais pour prendre la responsabilité d’en créer d’autres qui seront véritablement les siens».

A 90 ans, Jacques Limouzy a la mémoire des contes d’autrefois qui comportent toujours une morale. Son ouvrage en a une : il n’est pas possible qu’après deux mille ans, la France, mère des Nations, s’en tienne là.

Richard Amalvy

Vient de paraître aux Editions Privat « La Nation française, roman d’aventures et d’amour ». Chez votre libraire. 320 Pages, 16 euros.