A propos de l’Université Jean Jaurès

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Jean Jaurès fut en son temps un brillant professeur à la Faculté des Lettres de Toulouse, à l’aube d’une carrière politique qu’on lui connaît. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que, il y a quatre ans, le Conseil de l’Université de Toulouse –le Mirail (ex-faculté des Lettres), ait donné avec ferveur son nom à cet établissement,  même si aux yeux de certains on a trop attendu. Cadeau empoisonné ? Il y a bien loin en effet de la Faculté oubliée à une Université phagocytée par ce qu’il est convenu d’appeler les « Sciences humaines » et une clientèle peu fréquentable. Le choix du déménagement, du quartier paisible de la rue Albert Lautman au sulfureux quartier du Mirail ne fit rien pour arranger les choses, même si de grosses pointures intellectuelles l’ont cautionné.

La « chienlit », comme a naguère défini cette situation le général de Gaulle, y devint quasi-permanente, ce qui fait que, l’habitude aidant, il ne paraisse rien à la Une de l’actualité, alors même que les conflits y sont perpétuellement reconduits et sans issue. Occupation des locaux, dégradations de matériel, impossibilité d’assurer les cours, pression idéologique, climat permanent de contestation de l’ordre social, comme dans une ZAD, l’extrême gauche colonise et bloque l’Université depuis le premier février, les bâtiments étant barricadés par des tables, des chaises voire des poubelles renversées. Les activistes de toutes les luttes et de toutes les indignations règnent sans partage sur la vie de cette Université. J’ai connu là-bas ce gente d’éruption, quasi-systématique tous les trois ou quatre ans, pour des motifs divers, toujours liés à la lutte « contre le système patriarcalo-racisto-capitaliste », avec des « grèves » dites « générales » sciemment décidées à main levée par une petite minorité, empêchant la majorité silencieuse de travailler, comme les professeurs de faire ce pourquoi les contribuables les paient ! On regrette, pour Jaurès qui ne méritait pas cela, la « caricature-image » de cette faculté, mais elle est en perdition. Y font la loi quelques individus de mouvance extrême, intolérants, dont le seul but est d’avoir entre les mains un phare de contestation politique, nul ne se souciant hélas des étudiants et de la qualité des diplômes. Personne ne bouge. Ah, mais, si par contre une poignée de cagoulés, comme c’était le cas à Montpellier la semaine dernière, les déloge à coups de gourdin, cela devient une odieuse et condamnable affaire d’Etat. Le « nettoyage » d’une ZAD ? Ne devrait-il pas être automatique ? Car depuis quand est-il légal d’occuper par la force un territoire, de priver les étudiants de cours, en toute immunité ?

Depuis des années apparaît régulièrement, avec ces maquisards de carnaval, le fantasme de mai 68. A plus forte raison en cette année du cinquantenaire ! Ces extrémistes qui tiennent ces bastions universitaires depuis lors n’ont pas changé d’un iota en un demi-siècle, restant en adoration devant des leaders et des idées qui ont depuis longtemps fini dans les poubelles de l’Histoire… Comparé à la Commune, mai 68 était déjà une farce : des enfants de bourgeois jetaient des pavés sur des CRS qui, eux, n’étaient généralement que des fils d’ouvriers ou de paysans. Même Lionel Jospin, pourtant militant trotskiste, n’en convenait-il pas : « Cet antifascisme n’est jamais rien que du cirque » ? Ces révoltés d’opérette seront bientôt dans la pub, le show-biz et les médias, comme toujours. Ou encore dans le secteur « culturel » à téter des subventions qu’ils guigneront du Ministère de la Culture ou des collectivités territoriales…

Une fois encore, ce qu’il est important de souligner dans notre monde, c’est que ce sont les minorités agissantes qui s’imposent. Qui ne rêve d’un monde où les étudiants étudient, les professeurs enseignent, le gouvernement gouverne. Une folie, quoi ?…

Pierre NESPOULOUS

 NDLR : Pierre Nespoulous a enseigné les lettres classiques durant trente ans à l’Université de Toulouse-le Mirail, dont douze comme Directeur de l’UER de Lettres et Langues anciennes.