Jeux obscurs…

Depuis plus d’un an persiste la crise des gilets jaunes. Tout a été dit sur la fracture entre les élites à cette occasion, entre le centre et la périphérie, comme l’a décrit le géographe Christophe Guilluy. Un climat au sens propre incomparable, délétère comme jamais. L’on a connu des séries d’intimidations et de violences, des coups de force et dévastations sur des registres multiples. Dernièrement encore ont vu le jour des actions inadmissibles, où le siège de la CFDT subissait l’assaut d’une centrale concurrente, où le couple Macron a dû être exfiltré d’un théâtre, pourchassé par une bande d’énergumènes, et où la brasserie La Rotonde a souffert d’être devenue une adresse présidentielle. Les jeux obscurs des hommes politiques et des chefs des syndicats ont accouché de cette situation de violences, sans que personne ne l’ait voulue. On s’habitue ? Mais bien en deçà des crises sociales et des revendications syndicales, il y a des tréfonds qui dépassent très largement le plan politique. Ils rejoignent une hostilité vindicative au Coup d’Etat financier, médiatique et judiciaire perpétré en 2017. Et malgré ses efforts, du type de ce « Grand débat », grand monologue et bel exercice de narcissisme, l’on serait tenté d’appliquer à Emmanuel Macron ce que le général de Gaule disait de Valéry Giscard d’Estaing : « Son problème, c’est le peuple ! ». La politique ne peut faire abstraction d’une dimension psychologique.

Le matraquage des retraites avait provoqué un début d’incendie : les retraités qui ont tenu les ronds-points, déjà frappés par la non revalorisation des pensions, ont pour la plupart vu leur CSG augmentée de 25% par le fait du prince. Ils ont assisté, au lieu de la mise en place d’une réforme sérieuse et inéluctable des retraites, à une cacophonie anxiogène, beaucoup de commentateurs pointant les erreurs de communication, le flou sur les véritables objectifs de la réforme, systémique ou paramétrique, la longueur des débats, les changements de cap, l’impression de discordances au plus haut niveau de l’Etat. « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromages ? » avait dit de Gaulle. Il en va de même pour le nombre de régimes de retraite, dont certains, dits « spéciaux » menacent de revenir plus nombreux après la réforme en cours !

Fiscalement, il y avait eu l’invraisemblable réforme de la taxe d’habitation par Macron, si mal préparée et si mal acceptée par les maires. Cet impôt est supprimé, sauf pour ceux qui sont déjà lourdement imposés à l’IRPP et qui sont dans les faits condamnés à prendre en leur charge l’entretien des biens communs : la classe moyenne est taillable à merci. La fiscalité écologique, de son côté, est l’éruption volcanique. La tragique pantalonnade de la taxe carbone inventée par des « écologiques » allumés a été cyniquement utilisée par le pouvoir pour augmenter encore et toujours la pression fiscale jusqu’à rendre les carburants et en particulier le diesel inabordables pour ceux qui en avaient le plus besoin. La morgue insolente d’Edouard Philippe avec en prime l’affaire des 80 km/h sur les routes de campagne a fait le reste pour faire naître les « gilets jaunes ».

En fait, des bouleversements profonds sont dus au rôle des média. On peut évoquer leur rôle dans la campagne présidentielle évoquée plus haut, qui fut manipulée par une campagne de presse indigne contre le candidat de droite choisi lors de la primaire. Les électeurs n’ont rien oublié, mais, depuis, ils savent que certains choix sont prohibés et certains sujets inabordables. Parmi ces derniers, on trouve la mainmise, sur l’appareil médiatique et de plus en plus sur les hautes sphères de l’administration, des lobbies minoritaires comme LBGT qui imposent leurs agents et opinions. Les mêmes s’efforcent d’en faire autant dans l’enseignement sous couvert de lutte contre une prétendue homophobie. Exprimer son ras le bol devant cette propagande constante vous renvoie aux gémonies.

Prohibé aussi tout débat sur l’immigration et les moyens de son contrôle. La moindre opinion restrictive vous fait aussitôt qualifier de fasciste. Alors qu’il crève les yeux que les filières d’immigration clandestine sont aux mains d’épouvantables esclavagistes exploitant la misère, qui devraient être vigoureusement combattues par une Union européenne qui se respecterait. Enfin, si j’ose dire, il nous reste le problème islamique qui semble surtout traité par nos politiques par des cérémonies commémoratives. Le peuple sent bien qu’on ne traite pas le mal à sa racine, s’il a bien sa petite idée sur les causes des plaies qu’on lui inflige et la manière qu’il conviendrait de les traiter.

« Gouverner est un métier impossible » selon Freud. Et gouverner la France ? Avec un déclin économique et une perte de prestige qui, de palier en palier, l’ont amenée où elle en est aujourd’hui, un pays qui ne se souvient plus d’un budget équilibré, qui a perdu les moyens de sa puissance et de son indépendance et qui est poussé inéluctablement vers des transgressions de plus en plus graves, conduit ses citoyens à s’interroger : pourra-t-on un jour guérir et unifier notre République ? Et qui ?

Pierre Nespoulous)