Joséphine Baker au Panthéon

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Née Freda Joséphine McDonald en 1906 dans le Missouri, rien ne semblait présager pour Joséphine Baker (du nom d’un de ses maris) une destinée extraordinaire, sinon un don particulier pour la danse. Quarante six ans après son décès à Paris, elle est la première femme noire et le premier artiste de scène à faire son entrée dans le temple des « grands Hommes » de l’Histoire de France, distinction sensible aux USA où l’Empire State Building de New-York a été illuminé de tricolore.

En France, tout avait commencé en 1925 avec un spectacle mettant en scène cette jolie danseuse de 19 ans, sur un rythme de jazz, nouveau phénomène à la mode, intitulé « La revue nègre », où cette « Vénus d’ébène » apparaissait seins nus et une ceinture de bananes autour de la taille. On imagine, de nos jours, le tollé que cela provoquerait aux yeux des dames se voulant prudes comme Marlène Schiappa, des pseudo-féministes et autres anti-racistes !

Mais « de la ceinture de bananes à la couronne de lauriers » est le raccourci écrit par Régis Debray en 2013, évoquant déjà l’idée du Panthéon pour reconnaître le second visage de cette héroïne de la Résistance, celui qui, sans aucun doute, lui vaut cette cérémonie du 30 novembre 2021. Lors de la seconde guerre mondiale, en effet, Joséphine Baker troquera son costume de scène pour ceux du contre-espionnage, œuvrant dès 1940 comme agent secret de la France libre, accomplissant de grandes missions en se servant pour cacher ses messages de ses partitions musicales !

Le fait d’être une meneuse de revue n’empêche pas le courage. Les personnes qui ont participé à la Résistance allaient du personnage d’Etat jusqu’au plus modeste citoyen. Des gens de tous bords politiques, de grandes figures y compris. De Gaulle a reconnu les actes de Joséphine Baker sans que personne ne trouvât rien à redire. En 1940, elle refusa de chanter devant les Allemands dans Paris occupé. Au risque de sa vie, elle transmit des informations cruciales d’une frontière à l’autre, sauvant ainsi des vies. Le Service historique de la Défense (Vincennes) conserve des dossiers de contre-espionnage relatifs à ces activités, qui lui valurent la Médaille de la Résistance, la Légion d’Honneur et la Croix de guerre avec palmes. La Nation récupère en cette fin novembre l’une de ses filles d’adoption ayant combattu pour la liberté, l’émancipation et la France des Lumières.

La Résistance a été un espace de rassemblement pour les Français. Ceux (au vrai sens générique de ce pronom, sans besoin du stupide « celles et ceux ») qui y ont participé et leurs descendants en sont conscients et ne sont pas près de rejeter Joséphine Baker. Par son engagement social, elle a montré comment il fallait traiter l’Homme, dès le petit âge, sans distinction de race ou de nationalité. « Maman tenait au respect et à la tolérance » vient de rappeler Stellina, sa petite dernière. Ce qui nous désole, c’est d’avoir vu cette image, à la fin de sa vie, Joséphine Baker assise, pieds nus, chassée de son château par les nouveaux châtelains. On « justifie » cela par la manière dont elle a dépensé sa fortune, sans compter, même si on se remet dans le contexte de l’époque. Elle a aussi vraisemblablement fait profiter de sa générosité des parasites qui gravitaient autour d’elle. Ce n’est pas son côté romanesque qui a fait basculer nos contemporains, mais plutôt son côté un peu bipolaire, impulsive, dépensière maladive, mais avec grâce, élégance et intelligence de cœur. Sans oublier son succès : « J’ai deux amours, mon pays et Paris », sur la musique de Vincent Scotto.

La France l’avait un peu oubliée, alors que son histoire était extraordinaire et d’aucuns s’interrogent sur cette soudaine décision du prince se précipitant, peut-être par opportunisme politique, pour lui rendre tous les hommages, mais on oublie de dire que lorsqu’elle était en grande difficulté il n’y eut que Brigitte Bardot et Grace de Monaco pour l’aider, y compris financièrement… Malgré sa « panthéonnisation »  solennelle, le corps de Joséphine Baker « restera à Monaco, où elle est enterrée au Cimetière marin », a fait savoir l’un de ses enfants, Jean-Claude Bouillon-Baker.

Pierre Nespoulous

La vidéo de l’entrée de Joséphine Baker au Panthéon

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