La bonne année de Monsieur Hollande

Ce soir-là l’année allait mourir, on entendit un homme parler au peuple car c’était rituellement son devoir.

Il dit, ou plutôt il énuméra ce qu’il fallait faire ; il ne manqua rien de ce que lui avait été conseillé par les uns ou par les autres.

Il semblait avoir l’assurance qu’en dépit des imprécateurs habituels, rien ne lui serait reproché d’un compte-rendu pourtant assez plat et de l’annonce d’espérances trop confuses.

Il restait satisfait comme aurait pu l’être un élève moyen après une rédaction dont il attendait une appréciation qui irait du «Laborieux» ou du «Passable» jusqu’à un inespéré «Assez bien».

A ceux qui lui disaient que les récents évènements l’avaient favorisé, il ne manquait de répondre qu’il ne les avait pas provoqués et tout le monde savait bien d’ailleurs qu’il s’était toujours montré plus contemplatif qu’actif.

Alors que pouvait-on lui reprocher ? Simplement que ses vœux manquaient d’âme, de ferveur et de souffle, car le poids historique d’une Nation, comme la France impose à celui qui la conduit d’éviter d’être terne en plaçant ses paroles sous l’évocation de l’invincible espérance et sous l’obligation de la grandeur.

Certes, la brièveté de son mandat n’en favorisait pas les conditions puisqu’elle n’accorde au Président pour conduire un Etat qu’un an de moins qu’à des conseillers locaux pour conduire un Département.

C’est la principale excuse de François Hollande qui n’administre que l’immédiat et ne prévoit que le proche lendemain, car il ne se reconnaît pas le droit de tracer un chemin à plus long terme et d’évoquer un véritable avenir pour une Nation dont les potentialités trop retenues auraient exigé qu’il y ait, quand même, autre chose à dire.

Jacques Limouzy