La burqa

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Vous est-il arrivé de voir surgir à l’angle d’une rue passante, deux formes indistinctes, sans autre consistance que celle d’ombres mouvantes, sans autre apparence que celle de fantômes échappés de quelques films d’horreur ?

Le risque est grand d’entendre aboyer les chiens et de voir les enfants s’enfuir au spectacle d’aussi fantastiques apparitions.

Ces survenants ne sont ni muets, ni aveugles, ni sourds. Il s’agit d’êtres vivants, puisque cela se meut et puisque cela va généralement par deux comme les gendarmes.

Bien que l’habit ne fasse pas le moine, les vêtures gardent leur signification et il n’y a pas si longtemps, elles simplifiaient la compréhension sociale qui exige qu’on ne vive pas entre inconnus.

C’est ainsi que sous une soutane il y avait un curé, sous un uniforme un soldat, sous un bicorne un encaisseur ou un polytechnicien. La toque, le képi ou la casquette indiquaient à tous la profession ou la fonction de celui ou de celle qui les portaient.

On doit conclure que tout signe distinctif extérieur apporte un supplément d’information sur leur porteur et donne aux relations humaines cette cordialité qui leur manque parfois. Cette conclusion doit-elle profiter à cet enveloppement complet par un suaire d’un corps qui ne peut se mouvoir que grâce à une fine meurtrière horizontale à travers de laquelle on peut voir sans être vu ?

On nous dit que sous cette vêture, connue sous le nom de « Burqa », se trouve une femme.

Nous ne sommes guère avancés car rien ne prouve que ce personnage non identifié n’est pas un robot, un singe, un clone et pourquoi pas tout simplement un homme. Cette interrogation sollicite nos consciences d’occidentaux si promptes à imaginer les femmes de l’Islam sous la forme de l’Odalisque de Monsieur Ingres ou sous celles des pensionnaires du Bain turc du même peintre. Ce qui justifierait cet enfermement par la nécessité de dérober la femme orientale à la concupiscence des hommes qui pour beaucoup sont des infidèles.

Si ce rite castrateur s’installe, on se demande avec inquiétude comment vont circuler ces fantômes de femmes. Comment vont-elles passer une frontière, réclamer à la Poste une lettre recommandée, voter, passer un examen, recevoir des soins hospitaliers, bref, exercer une activité humaine débordante de la clandestinité du foyer ?

Ces exigences sont celles de sociétés d’un autre âge et l’Islam lui-même n’a nul besoin de telles pratiques pour exister comme religion.

Alors que le moindre des devoirs serait pour les sociétés de notre temps de s’assurer que cette condition sépulcrale de la femme ne survit que par le volontariat et non par l’acceptation d’une contrainte quelconque.

Si cette vérification pouvait s’établir, il n’est pas possible que ne disparaisse de l’avenir ces pitoyables et funèbres fantômes.

Jacques Limiouzy