La Castellane

La Castellane… C’est un joli nom, qui fleure bon la Provence. C’est aussi, hélas, un des quartiers les plus pauvres et les plus violents de Marseille et, avec ses nombreux points de vente à ciel ouvert, il peut être considéré comme un « supermarché » de la drogue.

Ce commerce, pour le cannabis et la cocaïne, peut rapporter plus de cent mille euros en un mois dans une seule cité, rappelle un membre de la police marseillaise. C’est là, dans ce quartier Nord, qu’en début de semaine, des hommes cagoulés ont tiré à la kalachnikov, vraisemblablement dans un des habituels règlements de compte. Des témoins ayant alerté la police, une brigade de la BAC (Brigade anti-criminalité) se rendait sur les lieux, accompagnée par le premier « flic » marseillais, le Directeur de la Sécurité Publique des Bouches du Rhône, Pierre-Marie Bourniquel. « Nous avons été rafalés (sic) à notre arrivée sur place » a dit ce dernier.

De tels incidents intervenaient alors que Manuel Valls entreprenait précisément un déplacement dans la cité phocéenne pour saluer la baisse de la délinquance dans cette ville et « les résultats encourageants obtenus en matière de sécurité publique ces deux dernières années ». Ah ! que ne ferait-on dire aux statistiques ! « Et Marseille est à l’image de la France » a-t-il surenchéri. Oui, il existe partout et toujours une part de l’humanité qui préfère vivre en trafiquant pour avoir moins de fatigue et plus de revenus. Au fond, les « djeuns » étaient tellement heureux de voir le Premier ministre qu’ils lui ont fait une fantasia ! Notamment, parmi ceux-ci certains à qui il veut donner le droit de vote. Valls le rassembleur vient constater la pacification de la ville et est reçu (indirectement) à coups de kalachnikov. Si cette affaire avait eu lieu jeudi ou vendredi dernier et été rapportée dans le Doubs, le FN aurait gagné un député de plus !

La sénatrice socialiste du lieu Samia Ghali, pour qui c’est son « cauchemar absolu », s’était déjà fait remarquer en réclamant l’intervention de l’armée dans les cités pour endiguer les trafics de drogue et diminuer les règlements de compte : « Sur l’intervention de l’armée, on me disait : « Tu vas trop loin, Samia ». Aujourd’hui je leur réponds : « Vous n’allez pas assez vite ».

Cela fait des années que l’on entend la même chanson : casser les ghettos, plus de non-droit dans nos cités où les dealers voyous règnent en maîtres, font leur trafic, ces cités où Valls évoque l’« apartheid » (oh ! le gros mot… non, vous l’avez mal compris). Et la consigne est désormais, répétée sans cesse depuis les attentats de janvier : « pas d’amalgame » ! Il s’agit de groupes de « jeunes » ! Et surtout, ne parlons pas de « Kärcher ». Mais avouons que les voyous font des progrès. Ils tirent sur la police de façon à bien montrer que dans ces quartiers ils sont chez eux et souhaitent ne pas être dérangés à tout moment…

Et s’il n’y avait que Marseille (même si celle-ci est un laboratoire) ! Près de deux cents incidents dont sept majeurs ont été recensés en France depuis le début de l’opération « sentinelle » qui consiste à sécuriser les lieux dits sensibles, après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes.

L’espoir d’éradiquer la délinquance en permettant tout est à classer dans la panoplie des utopies. Dans son œuvre présentant une vision post-apocalyptique d’une France islamisée, l’auteur Elena Tchoudinova écrit la chose suivante : « Quand on a commencé à faire des concessions, on ne peut plus s’arrêter ! ». Cette maxime semble avoir été bien comprise et assimilée par les communautés. Il faut un message cohérent entre la justice laxiste de Taubira et les coups de menton virils de Valls, avec la Police prise entre les deux. Marseille (mais ne nous y trompons pas, il y a des exemples ailleurs, hélas !) est dans un tel état qu’il faudrait beaucoup plus que « condamner » ce que Manuel Valls continue à qualifier les jours pairs d’« intolérable » et les jours impairs d’« inacceptable ». Mais il est vrai aussi qu’à deux ans des élections, ce n’est pas le moment pour lui et pour sa famille politique de faire un sale coup au Président en déplaisant à leur électorat majoritaire…

Je ne suis pas rassuré. Le petit caporal a rappelé que la sécurité était une des priorités du gouvernement de François Hollande. Comme le chômage ? Avec les mêmes résultats ? Allons… on va encore avoir droit à des discours : « La République ! La République » !…

Pierre Nespoulous