La « Chambre introuvable »

Le mal-être, c’est-à-dire la difficulté d’exister qui paraît frapper le groupe parlementaire En Marche à l’Assemblée nationale, n’a aucune raison de disparaître avec le départ de son président Gilles Le Gendre.

L’observation conduit à penser que le caractère ambivalent de la fonction parlementaire a été rompu en ce qui concerne les députés d’En Marche.

Issu d’une élection nationale au suffrage universel comme celle du Président de la République, le député représente, d’une part, une circonscription territoriale dont il a la charge politique et, d’autre part, le soutien ou l’opposition à un pouvoir dont il a le contrôle.

L’une des activités habituelles d’un parlementaire concerne le problème de sa réélection qui retient son attention quasi-quotidienne.

Il semble que, depuis trop longtemps, les députés d’En Marche négligent cette dernière nécessité au profit de l’obligation de remplir avec loyauté celle qu’ils exercent nationalement dans le cadre du fait majoritaire, qui est bien celui de la Ve République.

Il semble que nous soyons parvenus aujourd’hui au fait que le fondement de la représentation s’est inversé. En effet, c’est le Président de la République lui-même qui se fait représenter par chacun d’eux auprès des électeurs de la circonscription.

Ce qui porte atteinte au principe même de la Ve République qui est une synthèse du présidentiel et du parlementaire.

Dès le début de la législature, on a bien cru que cette évolution politique s’annonçait avec l’inéligibilité des maires importants, des présidents d’exécutifs de départements ou de grandes agglomérations.

On voit bien aussi que la préoccupation de tout parlementaire touchant sa réélection reste liée non pas à un effort local mais à la personne du Président.

Si le Président est élu, je suis élu ; s’il perd, je suis battu.

Ainsi, pour un tel groupe dont le caractère virtuel s’accentue, la recherche d’un nouveau président de groupe ne changera rien à cette situation.

Le mieux, puisque le Premier ministre est en principe le chef de la majorité, est que ce groupe fonctionne sous son autorité.

Monsieur Castex a rendu sa carte de Républicain. Cela ne signifie pas qu’il ait perdu ses compétences et sa capacité politique mais plutôt, comme son prédécesseur de même nature, qu’il a gagné la confiance du Chef de l’Etat.

Il vient d’être démontré, pour la deuxième fois, l’incapacité du Président de trouver, au sein de son groupe si nombreux, le Premier ministre de la France.

Espérons qu’Emmanuel Macron n’aura pas, comme Louis XVIII jadis, à se lamenter sur le destin d’une « Chambre introuvable » dont la dimension finira par le gêner dans ses intentions politiques.

Jacques Limouzy