La démocratie auditive

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Il n’est pas facile de conduire les peuples et l’on doit garder en définitive beaucoup d’indulgence pour les Gouvernements. Cette opinion de Jacques Bainville fut magistralement contredite dans les propos tenus, lors de l’élection présidentielle de 2007 : « Gouverner est simple. Il suffit d’écouter le peuple, lui seul sait ce qu’il convient de faire ». (S. Royal)

Cette définition de la politique ne s’est pas faite isolément. Elle a été adoptée par beaucoup comme une mode, d’autant plus aisément qu’elle autorise la facilité.

Ainsi, avons-nous entendu d’autres déclarations du même tabac : « Je vous écoute, mon choix sera le vôtre ».

Cette hypertension de la faculté auditive s’est retrouvée chez de nombreux candidats aux élections législatives : « Je vous écoute, je suis à votre écoute et si je suis élu, je continuerai d’être à votre écoute ».

Ce qui les dispensera, éventuellement, d’avoir des idées.

Jadis, certains candidats osaient dire ce qu’ils allaient faire, même s’ils n’étaient pas sûrs d’y arriver. Aujourd’hui une seule promesse compte : Ecouter et elle sera tenue.

L’inconvénient c’est qu’il faudra être à la traîne de tout le monde et donc de bien des contradictions.

Pareillement comme on ne peut écouter les muets, il faudra aller où l’on parle, c’est-à-dire entendre toutes sortes de débats dits « citoyens » dont beaucoup sont d’insipides parlottes.

Ainsi naîtra une nouvelle forme de la démocratie : la démocratie auditive.

Elle reposera en permanence sur le malentendu entre l’électeur et l’élu, l’élu dont l’ambition ne sera que de figurer à la suite de toutes sortes de contradictions sérieuses ou passagères.

Le mal entendu (en deux mots) est assurément le vice caché de la démocratie auditive.

On pourra s’en consoler en observant comme Baudelaire que le monde ne marche que par le « mal entendu ». C’est par le « mal entendu » que tout le monde s’accorde. Car si par malheur on se comprenait, on ne pourrait jamais s’accorder.

Jacques Limouzy