La démocratie participative

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Après tout, pourrait-on considérer que le monde associatif ou la démocratie participative qui tentent de s’élever en France à la dignité de ces corps intermédiaires dont Montesquieu vantait la nécessité, servent aujourd’hui l’équilibre d’un nouveau modèle politique français ou serait-il aventureux de le croire ?

En effet, comme l’écrit Pierre Rosanvallon, la démocratie à l’aube du XXIème siècle est à la fois triomphante et incertaine. L’évidence désormais universellement revendiquée de ses principes s’accompagne, en effet, d’une perplexité croissante sur les formes de son accomplissement.

Car une contradiction subsiste toujours entre la nécessité de contre-pouvoirs pluralistes et décentralisateurs et la tradition centrale où prend forme l’efficacité d’une volonté commune.

Ce dualisme toujours présent ne nourrit-il pas aujourd’hui l’inquiétude institutionnelle des Français ?

Car une évolution typiquement nationale révèle que le monde associatif, particulièrement nombreux et exigeant, s’érige en contre-pouvoir permanent grâce à des soutiens médiatiques intenses.

Il suffit de voir comment de nombreuses commissions consultatives prennent un tour faussement paritaire voire délibératif puisqu’elles groupent des associations qui prétendent représenter les populations et les représentants des élus.

Le contresens est évident car les associations ne représentent qu’elles-mêmes et ce sont les élus qui représentent les populations.

Sur des sujets qui engagent l’avenir de la Nation, des associations s’autoproclament comme représentantes des populations à l’occasion de crises dont les éclats se déroulent dans la rue, quand ce n’est pas sous les voûtes de quelque chapelle bien sûr catholique puisque ceux qui s’y installent ne le sont pas.

Ce monde associatif souvent arrogant est cependant largement budgétivore au dépend de l’Etat et des collectivités publiques. On apprendra en outre avec inquiétude, que certaines associations ont été créées par les Administrations elles-mêmes qu’il s’agisse de celles de l’Etat ou des collectivités locales.

Le moment semble venu pour que certains tentent de nous faire croire que la démocratie participative serait l’avenir inévitable de la démocratie.

Il y aurait des militants avec les 1 600 000 salariés des associations. On n’en manquera donc pas pour encadrer les bénévoles qui, en fait, ne compteront guère, alors qu’ils devraient être l’essentiel.

Il y aura des tribunaux avec les jury citoyens qui ne manqueront pas de juger en priorité les élus du peuple devenus les appendices stagnants de l’odieuse démocratie représentative.

De récents événements touchant des associations compromettent, non seulement elles-mêmes, mais encore d’autres associations dont l’action reste méritoire, dans des aventures parfois tragiques qui les dépassent et qui ne peuvent être soldées qu’en compromettant l’image de la France.

Ceci pour dire qu’il faut apprécier avec une scrupuleuse attention le monde associatif où l’on trouve le meilleur comme le pire et se dire qu’il est fort loin de pouvoir prétendre à une quelconque direction politique de la Nation.

Jacques Limouzy