La France a une culture, un passé et, pourquoi pas, un avenir ?

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En ce début de semaine, le Président de la République a reçu les leaders des différents partis politiques en vue de préparer l’échéance de 2019 des élections européennes. Cette consultation n’est pas innocente, après des élections sénatoriales qui ont été un fiasco pour La République en Marche. Il souhaiterait, puisque le scrutin à partir de circonscriptions régionales est clairement désavantageux pour ce parti, éviter cet ancrage local en revenant à des élections sur la base de listes nationales. Un scrutin national, donc à la proportionnelle, est un scrutin d’appareil dans lequel le candidat ne doit rien à ses électeurs et tout au parti auquel il appartient. LREM, c’est cela…

Une simulation des votes en fonction des différents modes de scrutin serait intéressante à étudier. Je suppose que Macron a déjà les résultats prévisionnels et agit dans le sens de ses intérêts. Et l’on retombe dans la tambouille électorale, la politique « comme avant », alors qu’il a pourtant tant décrié « l’ancien monde ». Il en reprend les méthodes. Il se murmure aussi qu’Edouard Philippe, l’actuel Premier ministre, pourrait profiter de l’élan que lui donne sa fonction pour prendre la tête de la liste La République en Marche, en face de chefs de file d’autres partis qui ne manqueraient pas de s’entredéchirer. Est-ce la peine de s’inquiéter ? Quelle que soit la taille des listes, elles permettent de caser des recalés des élections précédentes.

Macron est là au cœur de la mission européenne qu’il s’assigne : sauver l’Union Européenne face à la montée des sentiments nationaux, comme elle apparaît notamment en Pologne, en Hongrie ou en Suède, les commanditaires qui ont financé sa campagne attendent le retour sur investissement. Vu la farce électorale de la présidentielle qui a conduit cet ex-banquier d’affaires n’ayant aucune expérience électorale auparavant à accéder à l’Elysée, on peut s’attendre à tout. Est-ce que Macron peut dire très clairement ce qu’il veut faire avec l’Europe ? Veut-il une Europe fédérale, ce qui implique perte de souveraineté et dissolution de la France ? C’est apparemment le cas lorsqu’il parle de « nos peuples », formule qui permet de s’affranchir des mots tabous « racines chrétiennes », « nations », « patries » et de cette satanée réalité d’Etat-Nation qui n’en finit pas de lui coller aux basques conne le sparadrap du capitaine Haddock, au profit de ce montage de fous qui veut assembler vingt-deux pays sans règles communes essentielles.

Nous avons lâché beaucoup en termes de souveraineté (frontières, monnaie, etc.), je n’ai pas du tout l’impression que la France prospère et que les problèmes soient réglés. Même les meilleurs partisans de l’Europe reconnaissent aujourd’hui que la France est en panne. Par contre l’Europe des Nations du général de Gaulle (Ariane, Airbus), a donné des résultats probants.

Macron ne veut pas subir un échec aux prochaines élections européennes et veut à cet effet pouvoir peser de toutes ses forces pour imposer sa centralisation électorale. Les Français commencent à réagir face au dogme centralisateur et au recrutement d’incapables pour diriger le pays, l’Assemblée Nationale en est le triste exemple. Partir du concret : c’est à cette véritable révolution que nous devons nous atteler. Ne plus penser à partir de Paris. Ne plus penser à partir de prétendus « experts », mais au contraire cultiver la France d’en bas, cette France des villes moyennes, des bourgs et des villages qui a un autre horizon qu’un périphérique, cette France qui a une culture, un passé et, pourquoi pas, un avenir ! Le choix du gouvernement est-il de compromettre le mouvement historique de décentralisation, alors que l’on sait que les investissements sont assurés à 70 % par l’ensemble des collectivités locales.

Technocratie, sur-règlementation de Bruxelles, contrôles, politiques ineptes et loin des citoyens, lobbys surpuissants, corruption… L’Europe a raté sa cible, s’est élargie trop vite avec des partenaires qui  n’étaient pas prêts. L’Europe n’a aucun projet d’avenir structurant, bref, une idée d’après-guerre pour défendre une économie en paix propice à un système capitaliste face à une économie planifiée dans un contexte de guerre froide qui s’est transformée en une guerre économique à tous les échelons territoriaux. Un libéralisme ambiant y a créé une compétition avec tous y compris avec elle-même. Et Macron cherche un adoubement du peuple. C’est d’une tristesse…

Pierre Nespoulous