La métamorphose des voyous

Vous souvient-il, mon Oncle, de cette chanson d’autrefois « Chez Bébert le Monte en l’air, on ne danse plus la java, on est swing du haut jusqu’en bas » ?

« Avec Julot l’as de pique

Paul dix de der, Oscar le Boutonneux

E petit Louis dit dix de trique

On ne fait vraiment pas mieux comme milieu »

Comme elle était passée au swing, la petite filouterie est passée aujourd’hui au numérique.

On prélève sur des comptes à plusieurs pages des sommes infimes dont le titulaire ne recherche pas l’explication. Avec cinq ou six cents comptes, on peut vivre et il ne restera à la victime que d’attendre une quelconque restitution qu’en priant Saint Antoine de Padoue.

Les hold-up eux-mêmes se font rares. Il y a de tout dans les banques : de la monnaie scripturale, de la monnaie numérique, tout : sauf des billets de banque.

Ces billets de banque sont enfermés dans des tabernacles de métal qui, audace inouïe, s’ouvrent sur la voie publique et si on les tourmente, ils autodétruisent leur contenu.

A quoi bon désormais enlever une fille de milliardaire pour demander une rançon alors que les données numériques des affaires de son propre père offrent une réserve de chasse sans limite mais pas sans poids.

Ainsi, peut-on pénétrer le secret des entreprises : leurs mémoires, leurs réseaux, leurs fichiers, leurs recherches, on peut s’y servir, copier, prélever, dévier et même menacer.

Les nouvelles pirateries observent, exploitent les failles des systèmes informatiques, balancent là où il faut des e-mails contaminés.

Des logiciels malveillants infectent les fichiers, des virus découverts portent des demandes de rançon et si la victime ne paye pas, elle perdra ses données.

Comme chez Bébert le Monte en l’air, d’autrefois, qui passait de la java au swing, la numérisation du milieu se poursuit.

On vient d’estimer le montant de la cybercriminalité dans le monde à 500 milliards de dollars annuels.

Ceci signifie qu’à chaque extension du numérique doit correspondre une extension de sa propre sécurité.

Ce monde est nouveau, on n’y sort pas nu ou découvert, il est fatal aux imprévoyants, c’est ce monde-là que fréquentent les voyous dont beaucoup oubliant d’être bêtes se sont numérisés.

Alors, mon Oncle, si vous êtes numérisé ne sortez pas nu !

Innocent Patouillard