La Nation sans objectif

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Aussi loin que remontent les souvenirs, soit sur ses frontières, soit au-delà des mers, soit au service de Dieu, soit quand ses fils hélas s’entretuaient au nom de passions sans pardon, la France fut pour ainsi dire toujours aux combats.

Ce furent à l’origine ceux de son unité, accompagnée de ceux de ses dimensions terrestres et depuis Clovis, Philippe August, Louis XI, bien d’autres y ont occupé leur destin.

Il fallait limiter les prétentions des autres et les objectifs ne manquaient pas, les quatre derniers siècles furent occupés à abaisser la maison d’Autriche qui depuis Madrid et Vienne nous étouffait, à contenir la Prusse qui devenait l’Allemagne et à trouver un équilibre avec l’Angleterre.

La Première Guerre mondiale que nous avons conduite à la tête des Nations n’était pas sans objectif même si les autres n’avaient pas toujours les mêmes. Elle mit aux prises les deux plus grandes nations militaires de l’époque. Mais son règlement n’empêcha pas deux idéologies d’irriguer au-delà des frontières les esprits et les cœurs. L’objectif consista à s’en débarrasser et pour la dernière d’entre-elle cela pris du temps.

Ainsi, depuis le début de son parcours, la Nation française est rarement restée ni ignorante de ce qu’elle devrait affronter ni éveillée sur ce qu’il fallait faire.

Elle paraît aujourd’hui faire reposer son destin sur l’Europe ce qui serait admissible si l’Europe en avait un.

Il n’en est rien car si l’Europe est un espace économique d’ailleurs imparfait, ses objectifs politiques sont situés entre une participation à l’OTAN sous commandement américain et à une volonté non dissimulée de tirer la bourre à Monsieur Poutine pour monter qu’elle existe.

Pour le reste sans frontières défendues, inexistante militairement, incapable d’aider sérieusement la France en Afrique, elle reste pourvue d’une assemblée qui ressemble à s’y méprendre à la diète de Ratisbonne ou d’ailleurs, du Saint Empire romain germanique.

L’Europe est donc une excuse pour ne pas exister par nous-mêmes ; elle laisse pour la première fois de son histoire la Nation française sans objectif.

Nous voilà désemparés, d’ailleurs avec d’autres sur les rives d’un temps que nous avons l’amère conscience de terminer sans apercevoir les berges incertaines d’un avenir possible.

Chargé de l’inutile, de l’insolite et même de l’absurde, aurions-nous besoin qu’une salubre rédemption surgisse de ces dépouilles comme au début de l’histoire des lueurs de conscience traversèrent les cauchemars qui se dissipaient peu à peu dans les cervelles des premiers hommes qui furent nos pères ?

Sommes-nous retombés à l’aube des ténèbres ? Notre objectif et donc notre espérance ne dépassent pas quelques mois. Pour l’heure, nous attendons la reprise, ensuite nous attendrons les effets de la reprise et après nous existerons dans l’attente de nouvelles crises.

Cette destinée cyclique est encadrée par un septennat réduit à cinq ans, ce qui ne permet pas à un chef présent pour une durée aussi brève d’indiquer aux Français quel est d’après lui l’avenir de la France.

Présentement, nous entrons dans des lendemains dont personne ne nous laisse entrevoir la densité, comme Jean de La Ville de Miremont entrait dans la guerre de 1914.

«Cette fois, mon coeur c’est le grand voyage. Nous ne savons pas si nous reviendrons.»

Alors que faut-il faire ?

Il faut que la France se débarrasse du pessimisme déplorable qui l’environne et pour s’en débarrasser il y a qu’un moyen : qu’elle dispose d’objectifs qui soient autres que ceux qui lui sont proposés comme l’on dit à la petite semaine.

Ensuite, il faut que l’Europe soit un grand moyen au service des Nations et principalement de deux d’entre-elles et qu’elle cesse d’être là, seulement pour les embarrasser.

Jacques Limouzy