La parthénogenèse et le PS

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Mon Neveu,

Comme je vis dans la Montagne, je vois les choses de loin et de haut. Aussi, ai-je une vraie tendance à la simplification lorsque je contemple la politique.

C’est n’est pas moi, c’est Benoît Hamon qui dit : «La politique de François Hollande menace la République». Ce pouvoir continue de sombrer dans une impopularité jamais atteinte quels que soient les effets provisoires d’une Union nationale sans lendemain.

Il se révèle que l’addition d’une gauche de gouvernement sans efficacité et d’une droite républicaine incomplète reste incapable de couvrir comme elles devraient le faire la grande majorité de la Nation.

Beaucoup commencent à se dire qu’il faudra se résoudre soit à changer les institutions de la Vème République et nous en avons parlé ici même la semaine dernière soit à accepter de voir disparaître le Parti socialiste, tout au moins celui qui naquit il y a quarante ans à Epinay. C’est de cette éventualité que je vais te parler aujourd’hui.

Je ne vois pas la gauche autrement que socialiste et je ne vois pas le socialisme autrement que divisé, pluriel et multiple.

Je ne vois pas la droite parce qu’elle n’existe pas et ne pas exister lui permet d’être souvent électoralement dominante car, mon Neveu, il n’y a pas besoin d’exister politiquement pour gagner.

C’est pourquoi, entre ceux qui ne savent rien faire et ceux qui ne peuvent rien faire, il n’existe qu’un espace étroit, que seuls peuvent combler des hommes exceptionnels aux prises avec des circonstances exceptionnelles.

Mais la division que l’on peut croire un handicap serait-elle une faveur historique propre à assurer la pérennité d’un Parti qui, depuis les origines et à partir de sa propre substance, isole des enfants terribles dont certains connaissent des retours d’âge hostiles ?

La parthénogenèse comme forme de reproduction politique existe au Parti socialiste et reste souvent insupportable pour lui.

– Où est Monsieur Jaurès demandait-on souvent ?

– Il est au gymnase Japy

– Et que fait-il ?

– Il cherche à réunifier le Parti socialiste

Car il y avait Jules Guesde et le Parti socialiste de France. Plus tard au congrès de Tours en 1920, il fallut accoucher d’un vilain petit canard : le Parti communiste qui emporta plus de la moitié de la substance et le quotidien L’Humanité.

Il en fut ainsi en 1933 où Adrien Marquet, maire de Bordeaux, Marcel Deat, Adéodat Compère-Morel et Pierre Renaudel s’isolèrent sous le nom de néo-socialistes et Deat, l’un des normaliens les plus brillants de sa génération, s’égara plus tard dans les extrémités de la Collaboration.

Le SFIO puis le PS connurent après-guerre d’autres alarmes, ne serais-ce que celle du PSU où Michel Rocard commença à exaspérer François Mitterrand.

Aujourd’hui, en s’en prenant avec vigueur à François Hollande comme au Parti socialiste, Jean-Luc Mélenchon ne semble pas encore rencontrer le succès que méritent sinon ses idées du moins son talent. Il se conduit trop comme une sorte de Jean-Marie Le Pen de gauche ce qui ne le mènera nulle part mais peut-être a-t-il lui aussi une fille ?

Le Parti socialiste n’a pas fini d’accoucher à partir de lui-même ce qui est la définition même de la parthénogenèse. Il n’en finit pas de cultiver des germes cachés dans son ventre généreux.

En sera-t-il ainsi avec les frondeurs bien qu’ils ne soient pas encore nés et qu’avec la parthénogenèse les fausses couches sont innombrables ?

Pour le moment, Mon Neveu, je reste en observation et je te salue !

Célestin Crouzette

254ème lettre de Célestin Crouzette, propriétaire exploitant à la Montagne, à son Neveu, Innocent Patouillard, contribuable Castrais

Jules Guesde, avant 1914
Jules Guesde, avant 1914
Marcel Cachin, en 1920
Marcel Cachin, en 1920
Adeodat Compère-Morel, en 1933
Adeodat Compère-Morel, en 1933
Michel Rocard, depuis
Michel Rocard, depuis
Jean-Luc Mélenchon, depuis
Jean-Luc Mélenchon, depuis