La politique en février 2020

Dans l’affaire des retraites, il n’est pas criminel de transformer les trimestres en points ni d’envisager la suppression de beaucoup de régimes spéciaux dont l’avenir est contestable.

S’il est normal aussi de parler d’universalité on ne doit pas tomber dans l’erreur fatale de confondre universalité et uniformité. C’est là, l’origine de la plupart des contestations et des difficultés que trouve maintenant le Parlement et qui vont peser lourdement sur la suite du quinquennat.

Au milieu de temps de désordres sont apparues les élections municipales, et en premier lieu celle de Paris où tout paraissait acquis aux marcheurs sur la base des résultats cumulés des Présidentielles et des Européennes. Mais il se trouve que ce qui était sûr est devenu seulement possible, et ce qui est possible est peut-être maintenant éventuel.

Sur la base d’un évènement singulier survenu récemment, on ne va tout de même pas attribuer cette décadence à quelques sortes de complot international.

En Marche s’était dès le début opposé à deux personnalités, l’une socialiste, Mme Hidalgo, l’autre républicaine, Mme Dati. Elles appartiennent à deux partis que l’on ne veut plus connaître mais qui connaissent mieux que d’autres la technique savante des élections et la manière de s’y comporter. En Marche a commencé cette affaire dans la division, donc celle de M. Villani, et s’en est tenu à M. Griveaux qui s’est fixé sur un pourcentage médiocre de troisième pour ne plus en sortir.

Pour le reste, une imprudence notoire l’a conduit à se retirer en évoquant le statut de victime, alors qu’il a simplement basculé dans le ridicule qui, chacun le sait, est un tueur de la politique électorale.

En Marche n’est pas encore un Parti politique, c’est une sorte de club du Président. Cette fois-ci, comme toujours, il est intervenu en désignant l’une de ses ministres, Mme Buzyn, pour remplacer M. Griveaux car il fallait aller vite, et les marcheurs n’auraient pu conclure par eux-mêmes.

La difficulté est que la remplaçante attire beaucoup plus le respect que l’adhésion.

Les coups que pourront se donner Mme Hidalgo et Mme Dati entre-elles vont pouvoir certainement l’interpeller et sûrement lui faire mal. Il reste donc une interrogation sur Paris.

En province, la situation est singulièrement plus claire. On voit bien que les initiatives d’En Marche trouvent d’insignes difficultés. Le ministre de l’Intérieur en était d’ailleurs persuadé puisqu’il avait tenté de dissimuler le désastre qui s’annonçait.

Il en est ainsi à Castres où le député lui-même ne figure plus sur la liste et il a raison.

Il y a ensuite de braves gens dont la compétence est incertaine. Le parachutage du sommet est une pratique qui marche parfois aux législatives mais jamais aux municipales. Et ces malheureux compétiteurs en sont venus à perdre l’intitulé d’En Marche, apporté en cadeau de Saint Étienne par leur tête de liste, et à ne plus marcher.

La conséquence inéluctable des municipales perdues est que les sénatoriales qui suivront seront perdues aussi. Et le Sénat continuera à exercer son opposition qui, quoique toujours courtoise, reste redoutable à travers sa commission des lois qui est toujours un cénacle du droit français.

Le Président a donc du souci à se faire pour la seconde partie de son mandat. Il a pourtant un actif que l’on n’aperçoit pas à travers les textes de réforme, à travers la baisse du chômage, à travers une incontestable notoriété internationale mais sa stratégie dualiste avec Marine Le Pen pour les présidentielles pourra être compromise

Monsieur Cambadelis n’est pas allé de main morte en disant que « bientôt tout le monde pourra battre Marine Le Pen sauf Emmanuel Macron ». Nous n’en sommes pas là.

Il est maintenant acquis que ce gouvernement est un gouvernement de centre-droit, qu’il comporte 7 à 8 ministres de grande qualité et que le premier d’entre eux nous paraît actuellement suivre, à travers les écueils, une formation d’homme d’État.

Pour l’heure, Edouard Philippe n’est pas là, il est au Havre, attentif à faire élire une liste municipale qui est semblable à celle qui l’avait fait élire maire en 2014. Ce sont d’anciens ou d’actuels républicains qui ne présentent pas d’ailleurs de liste contre lui pour la bonne raison qu’ils sont déjà dedans mais cela, ne le répétez surtout pas.

 

Jacques Limouzy