La question préalable

Il est temps qu’on en sorte et que cette affaire aille enfin devant le Parlement.

Ce n’est ni à Jean-Luc Mélenchon, ni à Philippe Martinez, ni à Marine Le Pen de définir pour l’heure où se trouve l’intérêt général.

C’est au Parlement et à lui seul que l’on doit poser la question préalable, c’est-à-dire : Y-a-t-il lieu de délibérer ?

Il y a une majorité politique à l’Assemblée nationale.

Les Députés d’En Marche sont des hommes et des femmes politiques. S’ils ne l’étaient pas, ils le sont devenus.

Est-il souhaitable aux prises avec de telles obligations nationales de troubler plus que nécessaire les élections municipales qui vont se dérouler au moment même de ces grands débats.

Les nouveaux élus de 2017 dont on nous avez dit qu’ils appartenaient à deux sociétés (la société civile et la société politique) ne se rendent pas compte qu’à leurs niveaux, ils n’appartiennent plus qu’à une seule société.

Bien sûr, il y a des civils et des militaires, il y a des laïcs et des ecclésiastiques, il y avait autrefois des aristocrates et des roturiers. Ces états ou plutôt ces conditions qui s’opposent servaient à donner pour chacun une définition compréhensible.

Mais j’avoue ne pas comprendre l’opposition que l’on fait aujourd’hui entre le civil et le politique. Lorsque l’on nous assure que le groupe ultra-majoritaire est pour la moitié ressortissant de la société civile et pour l’autre d’une société politique, je suis conduit à croire que cette analyse porte sur des antériorités personnelles plutôt que sur des états naturels.

On n’est jamais né politique, on le devient à travers des fonctions reçues ou des mandats que l’on doit exercer.

J’ai passé trois ans de ma vie auprès de Raymond Barre alors Premier ministre ; j’étais auprès de lui chargé des relations avec le Parlement et j’étais à ses côtés lorsqu’il s’y trouvait, c’est-à-dire souvent.

« Limouzy me disait-il, je ne suis pas un homme politique, le politique est un microcosme dont on devrait pouvoir se passer. »

J’avais pris la liberté de lui répondre : « Que vous le vouliez ou non, vous êtes un homme politique, vous êtes même en train de devenir un homme d’Etat. Vous venez de vous faire élire à Lyon aux législatives, vous êtes tombés dans la marmite, vous n’en sortirez plus ».

Je ne pensais pas si bien dire ; Raymond Barre devenait maire de Lyon et candidat aux présidentielles en 1988.

J’avais pour lui de l’admiration et de la reconnaissance car trois ans auprès de lui m’ont beaucoup appris.

Ce qui signifie que ceux qui constituent actuellement la majorité de l’Assemblé nationale, d’où qu’ils viennent, le deviendront forcément.

Le devenant, ils apprendront que des élections qui se suivent ne se ressemblent pas surtout lorsque leur nature est différente. En effet, il a toujours fallu un temps long à une formation majoritaire pour devenir une formation territoriale.

Jacques Limouzy