La Réformite ! Grâce d’état ou maladie congénitale ?

A l’Hôtel de Rochechouart, rue de Grenelle, à Paris, siège du Ministère de l’Education nationale, sévit une affection d’origine contagieuse et de forme sournoise : la réformite.

Madame Najat Vallaud-Belkacem, la plus récente Ministre de l’Education, s’en trouve atteinte puisqu’elle fait comme les autres ; en tombant dans la marmite du progrès, elle vient d’annoncer : La Réforme.

Or, les réformes ne se comptent plus, il y en a autant que de ministres au point que l’on se demande avec inquiétude s’il s’agit d’une grâce d‘Etat ou d’une déformation congénitale.

Il faut dire cependant que, comme celles qui l’ont précédée, une réforme se présente toujours sous le poids de nécessités impérieuses et la promesse d’une salubre efficacité à intervenir demain.

Comme toutes les autres, il s’agit de ce que l’on appelait jadis une réforme de la Cour, saluée à la Ville par les “Nyaka ou Niorekahu” des imprécateurs toujours aux aguets.

En s’en prenant d’abord aux réformes précédentes, Madame Najat Vallaud-Belkacem s’efforce de ne pas être hors du sujet.

Car il n’a jamais été dit que le collège unique devait être le collège uniforme.

Si elle insiste sur la pluridisciplinarité, elle n’a pas les moyens de ses intentions, car réunir plusieurs classes, plusieurs professeurs, n’est possible qu’en modifiant la grille des horaires : elle ne le fait pas.

Si l’ennui règne en classe, c’est parce que le niveau moyen en lecture, écriture, mathématiques et sciences n’est pas satisfaisant, et parce que les élèves ont des réformes l’image de monstres abscons qui viennent trop souvent bousculer les quilles de la vie scolaire d’une manière inattendue et sournoise.

Ajoutons, qu’un cursus individuel de la maternelle à l’Université a dû subir cinq à six réformes successives colorées par des innovations contestables comme le nouvel apprentissage de la lecture qui fit beaucoup pour l’illettrisme ou l’irruption des mathématiques modernes.

Dévoyées par de naïves intentions, égarées par des rêves phalanstériens, des réformes successives contradictoires et inappliquées parce qu’inapplicables ont fini dans les poubelles d’une pédagogie errante et momentanée.

Convenons-en, il n’y a pas de révolution pédagogique ! Il ne doit plus y avoir de réformes de l’éducation mais simplement des décisions salutaires reconduisant les formes, les techniques et le contenu de l’enseignement initial au foyer du bon sens. Le reste sera donné par surcroît.

Certes, l’environnement du petit enfant n’est plus exclusivement le foyer, le village ou le quartier, il est très immédiatement le monde. La famille, l’école et bientôt la religion sont totalement désacralisées et sombrent jour après jour sous la houle de l’époque. Tout cela doit être, nous dit-on, pris en compte et voilà pourquoi nous avons changé depuis cinquante ans les rythmes scolaires, les méthodes d’enseignement et l’autorité des Maîtres.

Nous avons changé peut-être mais nous avons surtout changé les résultats. Il y a à l’issue de l’école primaire deux fois plus d’illettrés qu’en 1914.

Or, les enfants qui naissent aujourd’hui en France ne sont guère différents de ceux qui naissaient jadis sous Louis Philippe, Napoléon III ou Félix Faure. Ma génération a d’ailleurs connu, à l’aube de son parcours, des vieillards qui avaient été ces enfants !

Qu’ont de plus ou de moins en 2015 ceux d’aujourd’hui si l’on considère que l’évolution obscure de l’espèce reste négligeable sur des centaines d’années ?

Tout au plus, aujourd’hui en occident, ces nouveaux enfants disposant de parents plus grands, mieux nourris, ne connaîtront eux-mêmes jamais, comme jadis, le risque de la faim et la morsure du froid.

Certes, a disparu le prestige de celui qui savait lire, écrire et compter dans lequel le peuple voyait encore au siècle dernier un signe respecté de sélection sociale.

Il n’empêche que plus que jamais ceux qui naissent aujourd’hui, et justement parce que le monde change chaque jour, ont besoin de ce que l’on appelait jadis le “Rudiment”. Si celui-ci n’est pas donné et acquis, le risque s’accroît de voir l’enfant émasculé de l’essentiel mener tout au long des formations suivantes un destin d’ilote intellectuel.

La pédagogie est un art tout d’application et qui s’exerce avec lenteur. A l’opposé d’une systématique, elle est une pratique faite d’affection, de patience et d’autorité.

Jacques Limouzy