La révolution numérique annonce-t-elle une mutation mentale ?

La révolution numérique est autre chose que le développement accéléré du haut débit ou qu’une fréquentation intensive d’Internet. Ce sont là les apparences mais elles ont leur réalité.

Cette réalité existe. Elle se décrit dans le basculement historique de l’information dans le virtuel qui n’est pas autre chose qu’une dématérialisation du monde qui conduira bientôt à s’interroger sur la nature de son actuel occupant “L’Homo Sapiens”.

Son immersion dans un numérique permanent qui ira du portable à tout entendre, à tout voir, à tout conserver et à tout faire jusqu’à des concentrations techniques dont les résultats seront si avancés que tôt ou tard elles se positionneront comme des prothèses de la pensée.

Ce sont elles qui pourront conduire “L’Homo Sapiens” à une nouvelle mutation mentale dans la suite naturelle de celles qui le dégageant de l’évolution, l’ont mené du geste à la parole puis de la parole à l’écriture, ce qui montre à l’évidence que les mutations mentales décisives sont celles de la communication.

“L’Homo Sapiens” ne serait donc pas la forme définitive du phénomène humain sur une planète où il vient d’arriver et où pour lui, la consommation des siècles est à peine commencée.

C’est probablement l’instinct divin qui est en lui qui depuis les débuts de son parcours a poussé l’homme à se détacher de l’évolution dont l’incommensurable lenteur lui aurait ôté toute espérance.

Notre espèce est encore trop proche de ce qui l’a fait naître pour ne pas trouver spontanément dans ce qui l’a poussé à devenir humaine un équilibre nouveau : les hypothèses sont multiples.

– L’écologie lorsqu’elle n’est pas politique a justement remarqué que l’homme a commencé de consommer la planète. Mais si rapide soit-elle, cette consommation s’annonce comme multimillénaire lorsque l’équilibre proposé au monde par l’écologie est trop souvent de nature négative, régressive si ce n’est répressive.

– Reculant les fins dernières à l’infini où l’homme sera enfin construit, la mystique puissante de Teilhard de Chardin en marche vers le point Omega nous laisse dans une attente où il faudra bien évoluer pour survivre.

– Ou enfin l’Homo Sapiens d’aujourd’hui ne trouvant pas de réponses, socialisable à l’infini, égaré par le virtuel, entrera lentement dans un monde artificiel consubstantiel du néant où avant de disparaître, il finira par se sentir chez lui.

Nous sommes donc condamnés à l’adaptation, une espèce qui ne s’adapte pas disparaît.

Or, l’Homo Sapiens est loin d’avoir terminé l’hominisation, les marges du progrès qui lui sont offertes sont immenses et ouvertes pour lui depuis les débuts du quaternaire.

S’il veut une nouvelle fois dominer l’évolution, les mutations sont inévitables notamment celle qui lui permettra d’améliorer sa pensée et sous le poids d’un environnement hyper connecté de porter beaucoup plus loin les bornes actuelles de l’intelligence.

Mais l’avenir est paré d’interrogations et ne sera pas fait de mutations mentales successives. Car les mutations peuvent être génétiques.

On sait qu’il est normal aujourd’hui de s’opposer à des mutations génétiques mais si nous considérons le chemin qui reste à parcourir par l’homme, elles ne seront pas toujours évitables.

Jacques Limouzy