La terreur sans limite

On a tout dit sur les événements tragiques de la semaine passée, l’horreur, l’abjection, la haine, et ce sentiment qui dépasse la tristesse mais qui n’en est que plus douloureux, car il renforce le sentiment d’impuissance. Dimanche, entre République et Nation, un peuple meurtri a défilé pour clamer l’unité de la seconde dans la défense de la première, avec le succès extraordinaire d’un slogan de l’ère Twitter : « Je suis Charlie ». Mais l’on s’est surtout attaché au symbole.

Les français ont été dignes, ont relégué leur ego et fait front commun contre l’ignoble. Quelles que soient leur couleur politique ou leur religion, tous ont su rester à leur place devant l’exigence de laïcité républicaine, fantôme omniprésent dans ce drame. Mais si l’on fait un retour sur ces trois jours qui ont mis les nerfs de la France à rude épreuve, l’on doit se préoccuper du lendemain, en pensant à de Gaulle : « Unité Nationale, Unité Nationale, pas la peine de répéter cela en sautant sur sa chaise comme un cabri, s’il n’y a pas de suite ». Eviter que cette mobilisation historique reste une grande machine à laver, à blanchir les consciences.

Mais la fusion sociale est, par essence, fugace ; de petites phrases en omission, on a pu percevoir des lignes de fracture, qui pourraient s’accentuer. Qui donc a appelé à la division des Français en repoussant une grosse partie de ceux-ci, un quart de l’électorat ? Cette polémique lancée par Julien Dray, Conseiller spécial du Président et quelques roitelets du PS n’avait pas lieu d’être et est indigne du parti qui n’avait pas son mot à dire quant à « qui doit venir ». Il se décrédibilise une fois de plus en faisant de la récupération politique en de tels moments, précisant que la présence d’élus du FN était malvenue. C’est le pire calcul satanique, digne du Mitterrand : le FN était à 1% avant l’avènement de ce pompier pyromane. Il est indécent, à un moment où les victimes ne sont même pas encore inhumées, de vouloir diviser la liberté, notamment la liberté de pensée et d’expression, clef du combat des Charlie. On ne peut pas prétendre à la liberté d’expression quand on refuse la liberté d’opinion. Monsieur Julien Dray, je ne suis pas frontiste, mais vous êtes un âne !

Connus pour certains, inconnus pour d’autres, les dix-sept morts comme les dizaines de blessés de ces ignobles tueries ont été victimes de leur engagement pour certains, de leur foi religieuse pour d’autres et d’autres enfin de leur devoir. Pour ces derniers, les forces de l’ordre, lors de la manifestation de dimanche, la foule a tenu à leur exprimer ses affectueux remerciements. Ils ont réussi à neutraliser, au péril de leur vie, les terroristes, avec le minimum de dégâts. Si souvent à la peine, gendarmes et policiers ont été à l’honneur : il semble que les regards des Français sur les forces de l’ordre aient changé. Cet élan spontané a unanimement salué leur esprit de sacrifice et leur courage. Cela nous change de bien de nos mauvaises habitudes, comme celle des excités de Sivens…

Insidieusement, s’est introduite une façon de penser commune, la « pensée unique ». C’est la logique imposée de l’assimilation d’une religion à une race, afin d’empêcher toute critique. Nous sommes, bien entendu, très attachés au « pas d’amalgame » prôné jusqu’à l’overdose. Mais les voix qui ressassent les mêmes platitudes pétries de bons sentiments doivent aussi rendre des comptes aux victimes et à nous tous, victimes potentielles. On est demain, et j’ai un goût étrange dans la bouche. Parce qu’après les horreurs que nous venons de traverser il y en a qui cherchent encore à rendre de prétendus « islamophobes » (de droite, bien entendu) responsables de tout et de son contraire. Et, hélas, ce qui renforce l’odieux, la presse « officielle » prend grand soin de passer sous silence les manifestations d’allégresse suscitées par ces attentats en Algérie, en Egypte, au Liban, et en Europe, voire chez nous, dans certains quartiers !

Les dessinateurs sont morts parce qu’ils avaient « insulté » le Prophète, et les policiers qui étaient censés les protéger avec eux. Il est vrai qu’on peut insulter le Christ, Moïse, le pape, la police, le Président, sans risque aucun. Il en va différemment avec la « Religion d’Amour, de Tolérance et de Paix ». Et les autres, les juifs de la porte de Vincennes, ne sont-ils pas morts précisément pour leur Religion ? Touchante séance, ce mardi, à l’Assemblée Nationale, pour l’hommage aux dix-sept victimes de cette folie, ponctuée par une vibrante Marseillaise. Il faut remonter à 1918 pour retrouver un moment d’unité nationale similaire dans le Palais Bourbon !

Cela changera-t-il, une fois passée l’émotion qui est de mise, comme les belles paroles de circonstance ? Va-t-on entretenir ce sentiment quand la routine quotidienne aura repris le dessus ? N’ayons pas une position de repli, quasi victimaire, avec laquelle on croit se donner bonne conscience en évitant les questions qui fâchent. Une manifestation d’entre trois et demi et quatre millions de Français, c’est comme donner dix kilos de nourriture à un affamé. Et rien après ? Améliorer l’école, stopper l’immigration massive, lutter contre les zones de non droit, arrêter le laxisme de la justice de gauche, et bien d’autres objectifs ?

« Le changement, c’est maintenant ? » Chiche !

Pierre Nespoulous