La teuf à Manu

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Lancée en 1982, la fête de la Musique chère à Jack Lang est devenue un grand événement musical de tradition, célébré tant dans les grandes villes que dans les bourgs les plus modestes. Et même, cette année, fait nouveau, le jeudi 21 juin, à l’endroit où sont d’habitude reçus en grande pompe les chefs d’Etat et hôtes de marque, le perron de l’Elysée a connu une surréaliste fiesta. Comme l’Elysée était jadis une maison de plaisir avant de devenir le siège du pouvoir, est-ce un retour aux sources ? Mille cinq cents personnes triées sur le volet ont pu s’éclater dans la cour du palais présidentiel aux rythmes endiablés de plusieurs groupes de musique « électro » (il faut bien faire « branché » et de préférence multiculturel). L’un de leurs représentants, le DJ Kiddy Smile, venu avec sa troupe d’homosexuels noirs donnait le ton en exposant son pedigree sur son maillot : « Fils d’immigré, noir et pédé »…

Ce lieu n’est pas une boîte de nuit, encore moins un « Strip bar ». On a eu droit cependant à une photo du couple présidentiel posant au milieu de danseurs LGBT (sigle anglophone qui, pour les non avertis signifie lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres). Philippe de Villiers, qui se dit pourtant par ailleurs proche d’Emmanuel Macron a vu cela comme « une insulte au cœur de la France ». Imagine-t-on, sous de Gaulle, tante Yvonne dansant comme Brigitte au milieu de cette foule sur un air de Daft Punk ? Après l’épisode du « Ca va, Manu ? » où le Président a rabroué un jeune garçon qui s’adressait à lui familièrement, avec un emballage de communication dont l’événement a été habillé par la présidence afin que chacun le sache (selfies, tweets, vidéo publiée sur les réseaux sociaux), se fissure paradoxalement ce vernis de présidentialisation verticale qu’il dit vouloir réinstaurer.

Nous qui, dans nos lointaines provinces, sommes loin de Jupiter, n’aurions rien su de tout cela si l’information, de nos jours, n’était pas devenue aussi rapide. Dans son émission « Quotidien », sur TMC, Yann Barthès nous a fait part d’une petite phrase espiègle : « Hier, il y avait une grosse soirée pour la Fête de la Musique, et on a adoré traduire certaines paroles qui ont résonné dans le palais présidentiel ». Il fallait assurément traduire ces paroles adorables, fraîches et primesautières dont celles-ci sont peut-être les plus convenables : « Ne t’assieds pas, salope, s’il te plaît »… « Danse, enc… de ta mère ; danse »… Pourquoi le maître des lieux que l’on sait donc chiffonné par le simple diminutif de « Manu » n’a-t-il pas eu la réaction de remettre sèchement en place, comme il sait si bien le faire, ces prétendus artistes aux propos violents, sexistes, grossiers et faisant l’apologie de la drogue ? Contrairement à ce que l’on croit, il ne comprendrait pas l’anglais ? Personne n’avait donc pensé à vérifier ce qui allait être chanté à l’Elysée ?

Quand il se vautre dans la com’ des selfies et du clin d’œil, quand il transforme le perron de l’Elysée en scène délirante où celui qui donne des leçons à l’Europe est entouré d’une cohorte de danseurs échangistes, on peut rester sceptique sur la réelle volonté de redonner son lustre à une fonction déjà bien cabossée par son prédécesseur et sa Léonarda. Les politiques sont comme les acteurs de cinéma : ils doivent envoyer du rêve. Et force est de constater que les dernières productions sont plutôt des navets. Emmanuel Macron a-t-il la moindre idée de ce que pensent de ses prestations ceux qu’il appelle désormais les lépreux, après les illettrées, les cyniques, les fainéants, les alcooliques ou ceux qui ne sont rien ?

Pierre NESPOULOUS