La trahison d’Atatürk !

Sur les débris d’un empire qui avait occupé jadis les trois quarts des rivages de la Méditerranée, Mustafa Kemal avait réussi à faire resurgir une république unitaire qu’il avait essayé de rendre laïque et il y avait un moment réussi. C’était la Turquie à partir de 1922.

Il s’était inspiré du droit civil français et des messages universels que la France avait apportés au monde.

Il l’avait fait au moment où la France était au sommet de son prestige politique avec une religion qui était la sienne et il s’était battu pour que l’Islam, qui s’était confondu avec l’empire antérieur, ne garde une indépendance que religieuse.

Ses successeurs comme İsmet İnönü avaient poursuivi son œuvre et jusqu’à nos jours la Turquie avait gardé une tendance politique originale qui conservait la pensée de ce chef et le caractère libérateur de ce combat.

Ainsi, la Turquie, dont la puissance militaire n’était pas négligeable, était devenue membre de l’OTAN et candidate éventuelle à une adhésion européenne puisqu’une modeste partie de son territoire se trouvait en Europe.

Aujourd’hui, Recep Tayyip Erdogan est revenu à travers des contacts successifs et diversifiés à une politique internationale et à une expression européenne.

Ces contacts ont évolué jusqu’à marquer une hostilité empreinte de visées impérialistes dans tous les domaines et dans toutes les directions, que ce soit en Syrie avec l’élimination des Kurdes et parfois avec la Russie sur de nouveaux théâtres de présence comme la Libye, ou sur une opposition marquée à la France et à la personne de son président.

La Turquie de M. Erdogan semble être à la recherche d’une reconstitution de l’Empire Ottoman ; elle le fait à travers les problèmes souvent insolubles des états nés des mandats français de la Syrie et du Liban et des mandats britanniques sur l’Irak et la Palestine.

Cette prétention impériale se fait à l’aide de pressions diplomatiques qui ressemblent étrangement, et de plus en plus, à celles exercées par l’Allemagne entre 1933 et 1939.

C’est donc dans une situation « d’avant-guerre » dont on ne connaît ni les limites ni les motifs précis, que se situe l’action diplomatique et les pressions militaires que la Turquie exerce sur la Grèce, la Syrie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan.

Monsieur Erdogan n’est heureusement pas, nous dit-on, le peuple turc. Mais nous sommes obligés de constater qu’à travers le chantage exercé par les migrations dont il contrôle la présence et la libération, il devient lui aussi un acteur masqué du terrorisme et de la barbarie qui monte en France alors que loin de le condamner, il semble en éprouver de la satisfaction.

Mustafa Kemal Atatürk aimait la France, Monsieur Erdogan ne cesse de montrer qu’il la déteste.

Jacques Limouzy