L’adieu aux armes

Cette chronique est la dernière… Ce journal était, selon sa définition « l’hebdomadaire départemental d’information politique de Jacques Limouzy ». Si cela confirmait que ses options ne sauraient être celles du politburo, l’on peut s’en référer à la déclaration conjointe de ses deux rédacteurs en chef successifs dans leur éloge funèbre : « Cela lui permettait de partager sa réflexion avec cette capacité flamboyante à mêler la profondeur de la pensée, l’érudition, l’anecdote et l’humour ».

Je dois à sa mémoire mes remerciements émus de m’avoir, en dépit peut-être de possibles préventions, confié cette chronique, depuis 1977, date de la fondation de La Semaine, sur édition papier d’abord – de manière certes moins fréquente, pris par mon activité professionnelle – puis dans sa forme la plus récente avec la diffusion numérique.

Ainsi, il fut facile pour moi, dès le début, de défendre des options idéologiques communes, à partir de discussions amicales ouvertes sur nos sièges voisins au Conseil Général du Tarn.

Puis, le temps a passé. Je n’énumérerai pas ici les étapes de notre amitié, mais voilà des années passées à défendre ensemble avec ferveur et opiniâtreté les valeurs que nous partagions, à décrypter dans les soubresauts de l’actualité ce qui pouvait nous raconter notre époque. Dans cet exercice, consistant à glaner des idées, des anecdotes, à écouter les enthousiasmes et les récriminations des gens de rencontre, il s’agissait de traduire les mouvements de fond de la société.

Des convictions fermes n’empêchent pas de se garder de tout systématisme, de tout réflexe sectaire ou d’anathème, mais justifient aussi le coup de colère contre le lâche abandon de notre modèle de société et le coup de griffe à tous ceux qui par paresse ou par intérêt acceptent ou justifient des comportements extrêmes. « Sans la liberté de blâmer il n’est pas d’éloge flatteur » est l’aphorisme bien connu de Figaro dans le pièce de Beaumarchais. Mais, ajoutait-il : « Il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits »…

Journal d’opinion, La Semaine n’avait pas l’ambition de jouer à l’observateur neutre qui fait passer son idéologie en fraude pour diriger les consciences et dicter les comportements, mais celle d’offrir les clefs de lecture devant la complexité du réel. A une époque où les « réseaux sociaux » donnent l’illusion qu’ils délivrent l’information, dans le flux horizontal des images et des faits, il est nécessaire d hiérarchiser, redonner de la profondeur et du relief pour réinsérer les idées dans le temps long. La Semaine y a contribué, à son échelle, avec sérieux et aussi avec humour, l’histoire locale ayant ainsi été le plus souvent confiée à nos co-rédacteurs Innocent Patouillard et Célestin Crouzette.

Merci aux lecteurs de La Semaine d’avoir pris quelque intérêt en ma compagnie à cette promenade hebdomadaire. Et, dans un souvenir profondément ému, merci encore à Jacques Limouzy, monument de droiture et de générosité dont je salue avec respect la mémoire, de m’avoir ouvert cette fenêtre…

Pierre Nespoulous