L’agent SAS et ses liens avec le Tarn

Auteur prolifique de la série SAS (200 titres narrant les exploits du prince Malko Linge, plusieurs dizaines de millions d’exemplaires vendus dans le monde), Gérard de Villiers, né à Paris en 1929, est décédé dans cette même ville le 31 octobre.

C’est l’occasion de rappeler que ce créateur, qui ne se considérait pas comme un écrivain mais comme un journaliste aimant avant tout la presse et l’aventure, bâtissait toujours ses histoires rocambolesques à partir de faits réels où la géostratégie avait sa part. Il passait pour un homme bien renseigné et les services spécialisés ne le mésestimaient pas, d’anciens hauts responsables politiques, dont le président Giscard d’Estaing, avaient d’ailleurs tenu, outre ses amis divers, à assister à ses obsèques.

Gérard de Villiers avait pour père Jacques Deval (Paris 1890-1972), auteur de très nombreuses pièces de théâtre, plus d’une trentaine, qui connurent un grand succès, la plupart étant des comédies, telles Une faible femme ; Mademoiselle ; Tovarich (avec Elvire Popesco dans le rôle principal). De ces pièces, restent des citations pleines d’humour. Réalisateur et scénariste de films, Jacques Deval écrivit aussi une dizaine d’ouvrages. Dans Sabres de bois, paru en 1929, recueil de souvenirs sur son service militaire et sa guerre, Jacques Deval raconte qu’il fut informé dès le matin du 1er août 1914 que l’annonce de la mobilisation générale, secrète alors, était pour l’après-midi. Déjà l’art du renseignement ! Son propre père Abel Deval, homme de théâtre comme son fils, fut premier accessit de tragédie au Conservatoire en 1889, puis se tailla une belle carrière d’acteur dans le théâtre de boulevard avant de devenir en 1899 directeur de l’Athénée faisant de cette scène une des toutes premières de la capitale. A l’annonce de sa mort, le 11 novembre 1938, la presse consacra des articles à cette figure bien parisienne au moment où l’actualité était chargée (mort d’Ataturk, assassinat du conseiller von Rath et nuit de cristal en Allemagne). Et le Tarn dans tout cela ?

Abel Deval, grand-père de Gérard de Villiers, s’appelait en réalité Abel Boularan. Il était né à Alban le 5 septembre 1863 d’un père épicier et avait fait ses études au Collège de Castres à une époque où les collèges, comme les lycées, conduisaient les élèves jusqu’à la deuxième partie du baccalauréat. Parti pour Paris, animé par la passion de faire du théâtre, il choisit le pseudonyme de Deval qui dans ce métier sonnait mieux que son véritable patronyme. Non seulement, sa réussite fut indéniable mais il réalisa un tour de force peu commun. Mener simultanément sa carrière d’acteur et ses études de médecine. En 1898, il soutenait sa thèse : Étude historique et critique de l’impétigo au point de vue bactériologique. Il est vrai qu’Abel Boularan avait de qui tenir : son frère Louis, né et mort à Alban (1850-1941) fut lui aussi médecin. Resté fidèle à son canton natal, il exerça à partir de 1875. Conseiller municipal de son village en 1876, conseiller général en 1889, élu sénateur en janvier 1900, il appartenait à l’Alliance républicaine progressiste, un groupe plutôt modéré contrairement à ce que pourrait donner à penser la dernière épithète. Au renouvellement de 1909, il ne parvint pas à conserver son siège et il poursuivit à Alban son métier de médecin.

Au début de sa carrière Jacques Deval avait choisi un pseudonyme qu’il abandonna vite : Boularan de Cambajou. Boularan, c’était son vrai nom, Cambajou pas seulement un artifice, mais l’évident rappel de son origine tarnaise puisque Cambajou est un lieu-dit de la commune de Miolles, canton d’Alban.

Alain Levy

Tags: