Laïcité : une lecture de la loi de 1905 par son rapporteur Aristide Briand

A la Chambre des députés, le rapporteur de la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat fut Aristide Briand. Après ce premier travail, ce grand parlementaire ne cessera plus d’être Ministre ou Président du Conseil. Mais c’est après ce texte que sa capacité de séduire les assemblées politiques ne devait plus le quitter et celui que plus tard à la Société des Nations on devait surnommer « Le violoncelle », donna comme rapporteur de ce texte fondateur la première mesure de son talent.

Emile Combes avait préparé la séparation avec des sentiments hostiles à l’Eglise Catholique qu’on lui prêtait car il avait été un clerc de cette église.

Aristide Briand parviendra à la faire voter par un certain nombre de parlementaires catholiques en faisant comprendre que ce projet de loi, où pourtant rien n’avait changé, n’était plus celui de Combes puisqu’il se présentait comme un texte libérateur.

Ne plus nommer les évêques en Conseil des ministres, ne plus faire des ministres du culte, en les rémunérant comme des fonctionnaires publics, ce n’est pas seulement séparer, c’est aussi libérer l’Eglise.

Plus tard, Aristide Briand se demanda si en mettant fin à cette église gallicane qui si souvent avait soutenu les pouvoirs politiques, il ne l’avait pas livrée exclusivement au Saint-Siège. Ainsi, put-il dire : « C’est Pie X qui a gagné ! ». Mais Pie X ne sut jamais qu’il avait gagné !

Ainsi, dans cette lecture de la loi qui fonda la laïcité, ce n’est pas seulement l’Etat qui est libéré de l’Eglise mais l’Eglise qui est libérée de l’Etat.

Mais voilà ! Cette lecture de la loi de 1905, selon son rapporteur Aristide Briand, ne paraît s’appliquer qu’aux religions judéo-chrétiennes et seulement à celles-là.

Ce sont celles qui ne prétendent pas que le Droit dépend d’elles.

D’où la difficulté d’insérer l’Islam dans une laïcisation de type occidental, ce serait lui demander de ne plus exister. La main de fer de Mustapha Kemal n’y parvint qu’un moment et nous voyons bien que, même en Turquie, tout serait à nouveau à refaire selon Kemal.

Il faut se rendre à l’évidence ; l’existence d’un Islam acceptant la laïcité ne se conçoit qu’en lui demandant de perdre son âme.

Le Christianisme n’est pas comme l’Islam une théocratie à l’orientale ce qui doit lui permettre d’exister dans un monde où la laïcité s’impose.

Si l’on en croit les écritures, le Christ lui-même a consacré l’existence indépendante de César en fondant, selon Fustel de Coulanges, la première religion qui n’a pas prétendu que le Droit dépendait d’elle.

Jacques Limouzy