Languedoc-Midi-Pyrénées :
Un remariage de raison

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Pour la monumentale “Histoire générale de Languedoc” de Dom de Vic et Dom Vaissette qu’Edouard Privat réédita de 1875 à 1908, de la Garonne au Rhône, de Pamiers de Foix à Nîmes, d’Albi, de Castres et de Béziers, de Narbonne et de Pézenas, de Toulouse à Montpellier, il n’y a qu’un Languedoc.

Pour les mêmes éditions Privat qui publient en 1980 une histoire du Languedoc depuis 1900, il n’y a toujours qu’un Languedoc. Les professeurs André Armengaud du Mirail et Robert Lafon de Paul Valery dans leur histoire de l’Occitanie (1979) ne les séparent pas.

Pourquoi ? Il n’y avait q’une assemblée, les “Etats du Languedoc”, qui pouvait siéger partout. Il n’y avait qu’un Président, il était de Droit : l’Archevêque de Narbonne. Pourquoi ? Parce que probablement, c’est à Narbonne que le regard se porte au nord-ouest sur Toulouse et à l’est sur Montpellier comme le feront plus tard les chemins de fer et les autoroutes.

Du 15 janvier au 25 février 1789, cinq mois avant les Etats généraux, se tint à Montpellier la session ordinaire des Etats du Languedoc ; elle devait être la dernière car le 15 janvier 1790, l’Assemblée nationale ordonna la division du territoire en Départements, Districts et Municipalités (sic).

Le 22 janvier un département maritime : ce sera l’Hérault ; le 23 : la Haute-Garonne avec Toulouse. Le 27 janvier autour de Foix : l’Ariège ; le 29 janvier avec Carcassonne : l’Aude ; le 3 février celui de Nîmes : le Gard ; le 5 février celui de Castres : le Tarn et celui du Gévaudan : la Lozère. Il en résulta que le 30 mars l’Archevêque de Narbonne écrit au Conseil d’Etat pour lui demander ce que l’on doit faire des personnes qui servaient l’administration de la province.

En effet, le budget des Etats du Languedoc est encore en exécution ; les deux universités de Toulouse et de Montpellier sont financées, les routes et les ponts sont servies, les troupes royales sont entretenues, le don gratuit au Roi a été versé, car le seul budget est celui de la Province, il n’y a pas de budget d’Etat.

La Révolution n’a donc pas créé deux Languedocs mais des départements.

C’est pourquoi, la réaction de Monsieur Bourquin, Président de l’actuelle Région Languedoc-Roussillon, nous étonne lorsqu’il parle de mariage forcé alors qu’il s’agit de la reprise d’un mariage interrompu il y a à peine un peu plus de deux cent vingt ans.

Bourquin se sent humilié et déclare que les languedociens sont indisposés. Lesquels ? Les languedociens peuplent aussi Midi-Pyrénées.

Bourquin se croit seul en Languedoc alors qu’il n’en préside que la moitié.

Doit-on rappeler que Georges Frêche, son prédécesseur, né dans le Tarn à Puylaurens, universitaire à Toulouse et à Montpellier, en économiste et en historien aurait peut-être vu les choses autrement que lui.

S’est-il rendu compte que ce sont quatre départements français sur cinq qui seront la frontière de l’Espagne, c’est-à-dire de la Catalogne comme l’ont été jadis le Languedoc et l’Aragon ?

Ainsi, le Languedoc total, avec ses cinq millions et demi d’habitants, troisième région française, est capable d’évoluer dans le fructueux triangle de Toulouse, Montpellier, Barcelone.

Car il y a plus de 800 ans en septembre 1213, un rêve a été brisé à Muret. Le combat qui s’engagea alors fut autre chose que la rencontre d’une croisade contre une hérésie. Il n’y avait là que les apparences, la réalité était plutôt la recherche d’un destin transpyrénéen.

Le triangle était déjà là : Pierre 1er, Roi d’Aragon, Marie de Montpellier, son épouse et Raymond VI de Toulouse, son beau-frère.

Trois empereurs de Rome naquirent à Narbonne. A Montpellier, à Toulouse une vie municipale s’exprimait comme à Rome dans un Capitole. Jaillis du cœur du Moyen Age, deux universités rivales et complémentaires, les arts, les lettres et la médecine bien avant les autres, la plus ancienne académie de l’Occident (Les Jeux Floraux). Une civilisation déjà brillante sur un territoire longé par la mer et s’insérant entre Massif central et Pyrénées et aujourd’hui cinq millions et demi d’habitants. Comment refuser ce remariage ?

Rien n’a été tracé à jamais sur ce qui devait être la France. Rien n’aurait permis de la diviser sans erreurs, ni les bassins, ni les climats, ni plus tard l’économie et les hommes.

Car la diversité est partout. Elle est telle qu’il est bien rare qu’une notion prenne le pas sur l’autre au point d’y exercer un effet de domination. Les pays de marches, de double appartenance, de vocation incertaine constituent le visage territorial de notre Pays.

Comme le disait Jean Brunhes, la région est la conséquence de faits d’humanité ; elle n’est pas une donnée mais un résultat, elle n’est pas une condition originelle mais une combinaison.

La combinaison de l’histoire, de l’intérêt et de l’avenir imposent à nouveau l’unité du Languedoc !

Jacques Limouzy

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