L’année démarre fort…  

En ce début de janvier, les commentaires des organes d’information se sont fixés sur trois centres d’intérêt : les vœux du président (un peu… ça ne méritait pas mieux), la « teuf » de Lieuron en Bretagne et le début de la vaccination contre la Covid 19.

Beaucoup ont trouvé insipide l’allocution présidentielle. Le roman national qu’il tente de nous raconter est surtout un exercice d’autosatisfaction trop éloigné de la réalité, et l’on écoute avec gourmandise sa leçon d’autocongratulation, lui et le gouvernement ayant « fait les bons choix aux bons moments ». Avec une fausse humilité il déclare : « Notre plus grande fierté… ce sont les Français. Vous » et il énumère Marie-Corentine, Jean-Luc, Antony, Lucas, Wendy, Rosalie, Mehdi, sans oublier l’héroïne du jour, Mauricette, la première vaccinée ! Durant ces mois de pandémie, « cette épreuve historique a aussi révélé la solidité de notre Nation ». Oui, il a enfin redécouvert et prononcé le mot, notre Nation, et « rien de peut lui résister, elle a été capable, dans ces temps difficiles, de tant d’innovations, d’inventivité, de générosité, tout lui est possible ». Cela ressemble à un début de campagne : Emmanuel Macron est dans une logique de séduction, pas de conviction. Il y a toujours ce « en même temps » inévitable : notre destin « est d’abord en Europe »…

Le nouvel an a été célébré, au mépris des interdictions et des règles sanitaires, par une gigantesque « rave party » à laquelle quelque 2500 fêtards s’étaient donné rendez-vous dans un hangar désaffecté du petit bourg de Lieuron, en Ille-et-Vilaine. Cette fête illégale aura retenu journalistes, politiques et forces de l’ordre en alerte pendant trois jours. La police surveille, paraît-il, les réseaux sociaux. Et elle n’a rien vu venir. En est-il de même avec les terroristes ? Ici, pas de masques, aucune distanciation sociale, mais de la bière et des stups. L’impuissance des forces de l’ordre est au cœur d’une polémique. On fait la guerre au Mali et on n’est pas capable d’anesthésier 2500 idiots hors la loi en période de pandémie ! Que faire ? Il faut envoyer la 7ème Compagnie quand on l’aura retrouvée. Avec le général Benalla : lui, il sait faire ! Illustration d’une chienlit généralisée, le désordre est en place. Les anarchistes deviennent les décideurs puisque les « teufeurs » ont sifflé d’eux-mêmes la fin de la récréation. Ils se sont dispersés, diffusant vraisemblablement le coronavirus avec ! Ils écouteront donc le préfet qui, confiant,  les a « invités » à s’isoler pendant sept jours pour raison sanitaire ! Plus sérieusement, l’accent est mis sur la menace qu’une telle manifestation représente au bout d’un an de politique sanitaire et de lois liberticides. Triste coutume qui consiste à admettre l’inadmissible !

Y avait-il un moyen d’effacer les mauvais résultats enregistrés à propos des masques, des tests, en réussissant la troisième étape, celle de la vaccination ? Hélas, cela semble mal parti, la procédure débouche sur l’impréparation et la bureaucratie. C’est incompréhensible d’être toujours en retard sur tout ! Les statistiques que l’on nous assène chaque jour ne font que produire colère, agacement, incompréhension devant une stratégie de vaccination qui n’en finit pas de balbutier. Certains n’hésitent pas devant les grands mots. Pour Jean Rottner, le président de la Région Grand-Est, qui est particulièrement touchée par la pandémie, « c’est un scandale d’Etat » ! Pour Karl Olive, le maire de Poissy, prêt à s’investir : « on est bouffés par la technostructure ». Sachant que les doses de vaccins allaient arriver, n’était-il pas possible de prévoir la logistique de distribution ? Les autres l’ont fait, en Europe et ailleurs. La stratégie mise en place a laissé de côté tous les réseaux, officiels et non officiels, qui irriguent le pays en contact direct avec la population : régions, départements, maires, préfets, médecins libéraux, pharmaciens, etc. L’on va tenter de porter remède à ce retard, on nous le promet. Mais on ne portera pas remède au ridicule : aux yeux de nos voisins, c’est l’humiliation nationale !

Quelques heures après son discours, qu’allait faire le « chef », avec ses petits poings serrés ? Rien. Le gouvernail du navire est-il cassé ? « Etre chef d’Etat, ce n’est pas jouer à l’être » écrivais-je récemment. Il y a de l’amateurisme de tous côtés. On se demande si Talleyrand n’avait pas raison : « Le meilleur moyen de renverser un gouvernement, c’est d’en faire partie ». Il est vrai que l’ENA, comme le nom l’indique, est une école d’administration : elle n’a pas vocation à former des meneurs d’hommes ou des décideurs. Les Français, terrorisés par les palinodies scientifiques, masqués, confinés, verbalisés, censurés quand ils s’expriment, conspués quand ils doutent, condamnés lorsqu’ils plaident, marchent au bord du gouffre qu’on leur prépare. Mais, pour eux, Rivarol avait tiré sa conclusion : « Quand les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir… ».

Pierre Nespoulous