L’année du Buffle

Emmanuel Macron est apparu, jeudi dernier, en tenue décontractée, dans une vidéo sur les réseaux sociaux, pour fêter le Nouvel An en cette mi-février… le nouvel an lunaire, s’entend. L’année du Buffle ! « A vous tous qui fêtez le Nouvel An Lunaire, une année placée sous le signe du Buffle ! »

Nouvel An en février ? Si, pour les orthodoxes des pays slaves (Russie, Serbie, Géorgie) le nouvel an se fête les 13 ou 14 janvier selon, à l’origine, le calendrier julien, on pourrait imaginer que les éphémérides permettraient à notre Président une foule d’autres célébrations. En Chine, par exemple, si le calendrier grégorien a été adopté en 1912, le calendrier soli-lunaire, calqué sur les mouvements de la lune et du soleil, est toujours utilisé pour déterminer les dates des fêtes traditionnelles. C’est le cas ici.

Dans l’histoire musulmane, l’Hégire commémore le départ de Mahomet, en 622, de La Mecque pour Médine. Dans la tradition hébraïque, chaque nouveau mois dépendant aussi de la rotation de la lune, le nouvel an (Rosh Hashana) entre le 5 septembre et le 5 octobre précède une période de dix jours de pénitence avant Yom Kippour, le jour du pardon. Notre Président pourrait encore saluer le Cosur tibétain, le Sangkram bouddhique, le coréen Sollal ou, malgré sa réticence pour les ayatollahs, le Norouz iranien… Tu parles d’une galère !

L’objet n’est finalement pas celui-là. Sans doute, Emmanuel Macron est intéressé par l’importante communauté qui fête le Têt, le même jour que le nouvel an chinois, notamment dans le treizième arrondissement parisien. Communauté discrète et sans histoire, à la différence de certaines autres que l’on sait beaucoup plus agitées. « Vous êtes nombreux en métropole et outre-mer à partager cet héritage culturel, à faire vivre ce lien avec la Chine, la Corée, le Vietnam, mais aussi avec une grande partie de l’Asie du Sud-est ».

Notre récent sénateur tarnais, sinophile s’il en est et représentant politique multicartes, a dû en rosir de plaisir, à cette évocation que l’on peut rapprocher de feu le festival des Lanternes de Gaillac qui lui était si cher.

Nombre de commentateurs n’ont pas laissé échapper la dimension grossièrement électoraliste de cette intervention, de nombreux élus, tel Gilbert Collard, ironisant : « Macron refuse de souhaiter un joyeux Noël aux Français, mais n’oublie pas de célébrer le Nouvel An Lunaire des Chinois. Il est triste que l’étoile de Bethléem ne vaille pas une lune »… Electoralement, cette communauté a un certain poids et 2022 approche, avec « celles et ceux » qui ont un statut d’électeurs à capter.

Les plus vaillamment intégrés de nos compatriotes d’origine immigrée, même ceux issus des peuples avec qui nous avons été en guerre, sont des modèles d’assimilation. Than Van Do, porte-parole des Vietnamiens de France, ne déclarait-il pas : « Nous sommes venus en France pour des raisons historiques, culturelles, liées à la présence française au Vietnam à une certaine époque. En tous cas, même si nous n’aimions pas la France, nous ne l’avons jamais détestée et effectivement nos aînés nous ont inculqué le devoir de l’aimer et de nous y agréger totalement, sans pour autant renoncer à certaines de nos pratiques culturelles et cultuelles… »

Retenons donc qu’il y a de ces amoureux de la France, certainement imperméables à la démagogie lunaire, qui se sentent parfaitement intégrés, sans renier leur culture d’origine, avec ses buffles et ses dragons.

Pierre Nespoulous