L’art de recevoir

Trois présidents, deux fauteuils, un pataquès… La semaine dernière, la Présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen et le Président du Conseil européen Charles Michel étaient à Ankara, en Turquie, pour y rencontrer le Président Recep Tayyip Erdogan.

La vidéo de l’événement a fait le tour des rédactions et des réseaux sociaux, et provoqué la colère en Europe. Alors qu’ils pénètrent dans la salle de réunion, seules deux chaises sont préparées côte à côte. Le président turc prend possession de la première, Charles Michel s’assied, lui, sur la deuxième, laissant Ursula von der Leyen seule, debout face aux deux hommes. Une situation qui semble provoquer l’incrédulité de la présidente de la Commission européenne qui, interloquée, s’est targuée d’un « Hem » significatif et gênant, le mot historique le plus court, avant de trouver place sur un canapé, en arrière.

Cette mise en scène est d’autant plus significative que lors des précédentes rencontres les deux présidents européens, Donald Tusk et Jean-Claude Juncker entouraient Erdogan à égalité de traitement. Le plus drôle, si l’on peut dire, est que le but de cette visité était de renouer des relations diplomatiques, outre que l’une des préoccupations majeures était la question du retrait de la Turquie de la Convention d’Istanbul sur les violences faites aux femmes !

Peut-on dire qu’on ne comprend pas l’étonnement des gens devant ces faits ? On connaît bien la place subalterne de la femme dans les pays islamistes. Cette mise en scène orchestrée par Ankara est irrespectueuse et pitoyable. Ne faisons pas l’autruche. Cela sera-t-il le protocole en usage en France d’ici quelques années ? On envoie à Erdogan une femme pour lui faire une leçon sur les droits de l’homme. Comment pouvions-nous imaginer qu’il appliquerait les critères de la galanterie française ? Mais ne sommes-nous pas trop sévères ? Il aurait pu lui demander de se voiler !

On note le silence de tous nos féministes et de « celles et ceux » qui nous tombent dessus à la moindre blague douteuse, qui veulent que l’on écrive en écriture inclusive, de tous les indigénistes et islamo-gauchistes qui approuvent donc par ce silence cette insulte délibérée faite à une dirigeante européenne.

Bravo au gentleman Michel ! Piètre et pleutre politicien, sans autre réaction que de s’asseoir, le Belge a fait montre d’une goujaterie sans égale dont le Turc a dû se régaler ! Cet incident diplomatique met en exergue la couardise des dirigeants européens face à leur homologue turc. C’est l’avis de Jean Quatremer, célèbre journaliste belge : « Comment l’europrésident a-t-il pu tomber dans le piège tendu par le sultan d’Ankara ? Le comportement du président du Conseil européen est une honte humaine, politique et diplomatique pour l’Europe et ses valeurs d’égalité homme-femme ! ». Belle démonstration de l’incapacité d’une Union européenne dont pourtant Macron se gargarise et de sa représentation à laquelle pas un seul citoyen des pays-membres n’a apporté sa voix pour la désigner. Les personnages propulsés au premier rang sont systématiquement des gens dont on se débarrasse chez eux : Barroso, Juncker, Tusk, Michel. Ils n’ont pas la légitimité de vrais élus, mais se pavanent. Ils croient qu’ils gouvernent et ne sont que des gestionnaires sans envergure. Et pour Robert Ménard, le premier magistrat de Béziers, « aucun des deux dirigeants européens n’a suffisamment d’amour propre – même pas de courage – pour dire : « On se tire ! » On s’en va, quand on incarne l’Europe ». Au titre des humiliations protocolaires, on cite celle dont fut victime le 30 avril 1827 un certain Duval, Consul de France, de la part d’Hussen Pacha, le dey d’Alger : un soufflet. La réponse fut tout autre !…

Il y a peu, alors que juges, officiers et journalistes turcs étaient déjà en prison, l’Europe continuait à négocier avec la Turquie son entrée dans l’Europe, ce qui n’empêchait pas Erdogan d’insulter Emmanuel Macron, le traitant de « malade mental ». Ce dernier, qui a la repentance facile, va peut-être demander pardon au dictateur du fait que l’Europe lui a envoyé un émissaire femme ? Vu les insultes et menaces proférées par Erdogan envers l’Europe et ses dirigeants, qu’allaient-ils faire dans cette galère ? Cette guerre protocolaire masque l’essentiel : cette visite imposée par l’Allemagne est une faute : il ne fallait pas aller se prosterner devant le grand mamamouchi. Certes, cette séquence n’a qu’une violence symbolique, mais rien n’est détail, tout est important en matière de relations diplomatiques. Cette situation, Houellebecq la qualifierait de « soumission ». Une fois encore, passée l’indignation de commande, on s’en remettra, comme madame Von der Leyen d’avoir été ravalée « au coin »… « Setz dich dahinten hin ! »…

Pierre Nespoulous