L’autre vainqueur…

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L’on a amplement célébré la victoire de la France dans la plus grande compétition sportive du monde. Mais, à côté de ces honneurs footballistiques, un autre pays européen est indéniablement le vainqueur politique de ce Mondial, la Russie, qui a réussi à l’organiser de main de maître malgré les obstacles innombrables qu’elle devait affronter au départ. Son image en avait pris un coup ces dernières années : les médias dominants nous avaient en effet annoncé l’apocalypse : les stades ne seraient pas terminés, les hôtels ne seraient pas au niveau et, évidemment, les hooligans russes s’occuperaient de tout étranger foulant le sol de la fédération, eux qui s’étaient si violemment illustrés lors de l’Euro 2016 à Marseille, en bataille rangée contre les supporters anglais. Plusieurs politiciens en profitèrent pour éructer leur russophobie, comme le ministre britannique Boris Johnson comparant le Mondial russe aux Jeux Olympiques d’Hitler ou Theresa May interdisant aux membres de son gouvernement de se rendre en Russie.

Tout était bon pour dénigrer Vladimir Poutine : l’annexion de la Crimée, la législation sur les homosexuels, le dopage et surtout l’aide apportée aux Syriens contre Daesh avaient entraîné des sanctions sportives, économiques et morales contre ce pays. Ajoutez à cela une réputation de dictateur que les médias soulignent à la moindre occasion ; pourtant, un ancien membre du KGB qui modernise et ouvre son pays n’est-il pas aussi respectable qu’un président de la République qui trouve de bonnes raisons de restreindre des libertés, sauf la sienne ?

Tout a été tenté comme d’habitude pour salir la Russie, mais la réalité a été tout autre. De l’avis de tous, le Mondial russe est un millésime. L’accueil populaire a été impressionnant, les petites équipes ont brillé, les grandes ont tremblé, les supporters du monde entier ont célébré ce grand événement du sport sans incident, contrairement à l’Euro 2016 organisé en France (je propose d’ailleurs d’envoyer policiers et magistrats français en stage en Russie pour comprendre ce que signifie le maintien de l’ordre). Le succès a aussi été sécuritaire, car il n’y a pas eu d’attentat ni de trouble majeur. Avec ce Mondial, Vladimir Poutine a occupé le devant de la scène internationale, s’illustrant par sa dignité et son devoir de réserve en la circonstance, à la différence d’un président fan des bleus, sautant comme un cabri au moindre but dans la tribune du stade de Saint Pétersbourg… En revanche, lors de la finale, que dire de la présidente croate, Kolinda Grabar-Kitarovic qui, bien que les siens aient perdu, malgré toute la pluie qu’elle a reçu, a toujours gardé son sourire et sa bonne humeur, rendant visite aux vainqueurs avec une exquise courtoisie.

Le Kremlin a transformé un tournoi sportif en opération de charme et de marketing en facilitant les démarches administratives pour se rendre et se déplacer en Russie. Les craintes formulées dans les médias étrangers se sont dissipées ; les consignes ont été suivies à la lettre : montrer sous son meilleur jour le pays. Les journalistes et supporters étrangers furent ravis et aussi surpris de découvrir une contrée plus accueillante, ouverte et moderne qu’ils n’imaginaient. La Russie y a mis des moyens peut-être disproportionnés, mais l’opération « Coupe du Monde » a été couronnée de succès. Succès aussi, peut-on dire, pour l’équipe russe participante, la « Sbomaïa », dont on ne donnait pas cher compte tenu de son classement en queue de peloton pour la FIFA, et qui réussit à se hisser jusqu’aux quarts de finale, causant l’énorme surprise d’éliminer l’un des favoris, l’Espagne !

Après travaux, qu’il était beau, vivant et bariolé, si joyeux, ce stade Luzhniki  que l’on vit à la télévision pour cette finale qui sacra l’équipe de France ! Pour ceux qui avaient le souvenir de cet édifice  appelé stade Lénine au temps du glacis soviétique, ce stade froid et hostile était aussi triste que l’accueil de l’époque pour les équipes visiteuses, comme je le connus en Coupe d’Europe en 1986 avec le Toulouse Football Club…

Pour ce Mondial 2018, de l’aveu des supporters issus des quatre coins du monde, l’organisation  été parfaite. Les Russes ont montré qu’ils étaient un peuple effectivement fier, mais aussi ouvert au monde. Cette manifestation a permis à la Russie, qui veut être dédiabolisée, d’effectuer un retour triomphal sur la scène internationale. L’entraîneur anglais, Gareth Southgate a remercié la Russie « pour sa chaleur et sa sincérité » et le président de la FIFA, Gianni Infantino a déclaré que ce fut « la meilleure Coupe du Monde de tous les temps ». Tous ceux qui étaient partis avec des préjugés ont dû reconnaître que l’organisation était parfaite et les nombreux supporters français ont témoigné du chaleureux accueil qu’ils avaient reçu, dans uns Russie nouvelle qui a aussi redécouvert ses fondamentaux spirituels.

Pierre NESPOULOUS