Le 23 novembre 1984, deux Transall en provenance de Francazal s’écrasaient à Carbes

Samedi 22 novembre a été célébrée à Carbes la commémoration du 30ème anniversaire en présence d’une assistance nombreuse et d’une dizaine de généraux.

Cann : « Triste journée que ce 23 novembre 1984 ! »

Le 23 novembre 1984 en soirée deux C160 Transall en mission d’entraînement aérien, après avoir survolé la zone de saut du Causse, se percutaient et s’écrasaient aux lieux-dits «Cantegaline et Le Rouget» sur la commune de Carbes, tuant les treize membres d’équipages (dix aviateurs et trois parachutistes).

Témoin privilégié de ce douloureux accident, le Général François Cann se souvient : “Je commandais alors le GAP à Albi (Groupement aéroporté de la 11e division parachutiste) avec lequel je me trouvais au camp de Caylus. J’étais en train d’assister à un exercice de tir du «7ème RPCS» lorsque survint le colonel Serpol, mon chef d’état-major, pour m’annoncer le crash, près de Castres, de deux Transall.

Stupeur ! Car la «2ème» compagnie du «3ème» RPIMa de Carcassonne, commandée par le capitaine Charpentier (l’actuel général Gouverneur de Paris) effectuait alors un double exercice aéroporté qui consistait à décoller du continent pour sauter en Corse à Solenzara puis de redécoller de là-bas afin d’être larguée sur le Causse à Castres. Or c’était à peu près l’heure à laquelle devait sauter la compagnie à son retour !

Le colonel Serpol tenta de me rassurer en disant que les deux avions n’étaient probablement pas ceux transportant les paras de Carcassonne.

Je ne voulus pas le croire. Rien n’y fit et je partis comme un fou vers les lieux de l’accident.

Pendant ce trajet interminable, des idées morbides me traversaient la tête : «120 de mes paras au tapis ce soir, huit mois après les 73 perdus à Beyrouth, dont 58 dans l’immeuble Drakkar… Vraiment le Père Bon Dieu ne m’épargnait pas… ! Que lui avais-je fait ?».

La nuit venait de tomber lorsque que je découvris les épaves des deux Transall, les n°156 et 209, dans une ambiance lugubre marquée par une odeur âcre, atroce et insoutenable de kérosène et de chair brûlée.

Mais, paradoxalement quel soulagement (j’ai parfaitement conscience qu’il est indécent de m’exprimer de la sorte) de constater que ce n’étaient pas les avions des paras de Carcassonne !

J’appris que les deux avions de Corse n’étaient pas encore arrivés et que le CIET (centre d’instruction et d’entraînement du transport) de Francazal avait demandé à deux de ses avions, en vol d’entraînement avec des élèves, de faire la reconnaissance ( météo, direction et force du vent ) sur la zone de saut de Castres au profit des deux avions en attente.

Peu de temps après, je fus rejoint par le général Capillon, commandant de l’armée de l’air, que je connaissais un peu. Tandis que nous échangions nos observations en inspectant les carcasses des avions, j’eus soudainement la quasi-certitude qu’au moins un des avions se trouvait «à l’envers», c’est-à-dire qu’après la percussion au sol, il s’était retourné sur le dos.

Cela signifiait que les avions, contrairement à ce que nous avions pensé, volaient vers l’ouest (ce que chez les paras, nous appelons «vol en vent arrière» par rapport à la zone de saut) et dans une configuration inhabituelle en patrouille normale, le leader est en avant gauche et l’ailier en retrait à droite. Or là, c’était l’inverse ! La lecture des boîtes noires confirma ce dispositif inversé. Pour quelles raisons avait-il été inversé ? Parce qu’il y avait à bord du leader un photographe du SIRPA/Air. celui-ci, après le survol d’ouest en est de la zone de saut, avait voulu faire une photo artistique pendant le vol retour d’est en ouest, vers Toulouse : “Un Transall sur un fond de Pyrénées éclairées par le soleil couchant ”.

Il fallait pour cela que l’ailier vole à gauche du leader où le photographe se tenait à la porte gauche, ouverte.

De sorte que l’élève-pilote de l’ailier, aux commandes sur son siège à gauche, ne pouvait pas voir, à sa droite, de l’autre côté du cockpit, le leader avec précision. Il accrocha ce dernier, de son aile droite, probablement à hauteur de l’aileron arrière gauche du leader et peut-être même de sa dérive.

L’avion-leader, selon les témoins, était tombé à pic dans un champ de Cantegaline, un hameau de Carbes tandis que l’ailier, ne parvenant pas à reprendre de l’altitude, s’était écrasé, un peu plus loin, au lieu–dit Rougé.

La suite fut tragique. On déplora la perte de dix aviateurs (instructeurs et élèves-pilotes) et de trois parachutistes-largueurs de la BOMAP, tous de Francazal. Triste journée que ce 23 novembre 1984 !»