« Le Camp des Saints », fiction ou réalité ?

Dans la nuit, sur les côtes du midi de la France, cent navires à bout de souffle venus du delta du Gange se sont échoués, chargés d’un million d’immigrants. Ils sont l’avant-garde du tiers monde qui se réfugie en Occident pour y trouver l’espérance. C’est là l’argument du roman « Le Camp des Saints », publié en 1973, aux éditions Robert Laffont, par Jean Raspail, ouvrage fruit de son imagination et fondé sur le déferlement sur les côtes françaises de populations du tiers-monde poussées par la faim et la misère. Le titre en est tiré d’une phrase de l’Apocalypse de Saint-Jean (XX, 8-9) : « Le temps des mille ans s’achève. Voilà que sortent les nations qui sont aux quatre coins de la terre et qui égalent en nombre le sable de la mer. Elles partiront en expédition sur la surface de la terre, elles investiront le Camp des Saints et la Ville bien aimée ! »

Cet ouvrage est un brûlot qui a laissé sa traînée de poudre sur plusieurs continents au fil des années. Il reçut un prix prestigieux aux Etats-Unis, il fut apprécié par Ronald Reagan et il ne cesse d’être réimprimé, même si, chez nous, il a été éliminé par les médias et les politiques par la pire des censures, celle du silence. Ce livre « prophétique » qui n’avait pas fait scandale à sa publication, tomberait aujourd’hui sous le coup de la loi s’il ne s’agissait pas d’un ouvrage vieux de plus de quarante ans. Il serait censuré par les adeptes du « politiquement correct » et autres pleureuses de la pensée unique, si prompts à accuser quiconque de racisme et de xénophobie, avec l’appui des lois Gayssot (1990), Lellouche (2001), Perben (2004) et celui de la Halde ! On jugera du recul de la liberté d’expression…

Nous sommes alarmés et profondément troublés par les images fortes que nous soumet l’actualité. Les arrivées massives d’immigrants, autant que les insupportables naufrages à répétition en Méditerranée, exigent des décisions. Pas seulement humanitaires. Les Européens sont-ils prêts ? Le mérite du livre de Raspail, même avec ses exagérations, est de nous faire réfléchir face à nos propres réactions, nos propres hypocrisies, et de nous remettre en question. Il ne s’agit pas de prendre ses propos à la lettre puisqu’il s’agit, bien entendu, d’un texte allégorique. Voici d’ailleurs ce qu’en dit l’auteur, quarante ans après : « C’est un livre inexplicable, écrit alors que le problème de l’immigration n’existait pas. J’ignore ce qui m’est passé par la tête : la question s’est posée soudain : « Et s’ils arrivaient ? » Parce que c’était inéluctable ». C’est un roman donc. Aurait-on imaginé que, plus tard, sa fiction deviendrait réalité ? Aujourd’hui nous réagissons avec effroi comme si nous étions confrontés pour la première fois à cette tragédie. Mais, en réalité, cet état de fait dure depuis pas mal d’années, avant même que nous sachions où se trouvait Lampedusa !

En parler nous rend-il passibles d’une accusation de xénophobie ? Non. Il faut seulement regarder la réalité en face : la démographie est fondée sur des données objectives. Ses prévisions pour les trente prochaines années sont éloquentes : sur 7 milliards d’hommes, 700 millions de blancs seulement, dont un tiers vieilli. Et, en avant-garde, 400 millions de musulmans dont 50% de moins de 20 ans. L’on s’interroge d’ailleurs pourquoi, alors que la majorité des migrants sont musulmans, ne prennent-ils pas la route de l’Arabie Saoudite ou du Qatar, pays dont on sait qu’ils sont plus riches que nombre de pays européens !

Cependant nous pensons aussi que la France, terre d’accueil, doit être respectée, avec pour chacun l’effort d’apprendre à parler et à écrire sa langue correctement. Terre d’asile ? Oui. Certainement. Mais, alors, on n’admet pas que, chez soi, les invités ouvrent le frigo, squattent la chambre et se comportent avec goujaterie. A côté de la malhonnêteté, il y a aussi la sottise. Quand l’ineffable Chirac, par exemple, évoque sans sourciller « La France, dont les racines sont autant musulmanes que chrétiennes », l’on reste pantois !!

Devant le déferlement mondialiste sur notre Europe, nos us et coutumes et notre culture judéo-chrétienne sont mis à mal, dans un brouillamini incontrôlable. C’est là que revient la prophétie de Raspail qui, comme « Soumission », le roman de Houellebecq, reste une majestueuse critique de notre monde actuel, une tribune magistrale pour dénoncer l’inertie occidentale. Ils décrivent l’état de déliquescence de notre civilisation sapée à la base par la repentance, l’autosuffisance et un invraisemblable aveuglement qui lui fait rejeter tout ce qui a fait sa splendeur. Désarmés par l’hystérie émotionnelle de la classe politique et des médias ainsi que par la compassionnelle sollicitude des clercs, les Européens sont sommés de devoir accepter de subir. Déjà, en 1973, l’année de la publication de l’ouvrage, c’est Jean Cau qui écrivait : « Et si Raspail, avec « Le Camp des Saints » n’était ni un prophète ni un romancier visionnaire, mais simplement un implacable historien de notre futur ? »

Pessimiste ? L’Histoire n’est jamais écrite d’avance. Mais l’imaginaire de Raspail est habité par les peuples disparus et les causes perdues. Est-ce trop optimiste de rêver le contraire ?

Pierre NESPOULOUS