Le chant de la honte

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C’était bien le slogan de la haine qui était entonné à l’adresse des forces de l’ordre lors de la vingt-troisième journée de mobilisation des gilets jaunes samedi dernier, place de la République à Paris : « Suicidez-vous ! ». Les propos sont d’autant plus ignobles qu’ils intervenaient au lendemain de la journée d’hommage organisée dans les commissariats de France pour commémorer les vingt-huit suicides de fonctionnaires de police enregistrés depuis le début de l’année. Le ministre de l’Intérieur a ainsi déclaré : « Honte à ceux qui se sont livrés à une telle ignominie ! Soutien total à nos forces mobilisées et à leurs familles. L’immense majorité des Français sait ce qu’elle leur doit ! »

La vidéo de cet incident qui est une surenchère verbale après la surenchère physique, a fait le tour des sites d’information en continu et des réseaux sociaux. C’est dans les mots que s’est traduite la violence envers les forces de l’ordre, sachant que les mots peuvent parfois faire aussi mal, voire plus, que des coups. Les pavés, les barres de fer, l’acide, n’est-ce pas de la violence ? Venir avec masques, cagoules et armes par destination, non plus ? Reste l’appel au suicide, qui est dans ces circonstances ce qu’il peut y avoir de plus bas… Qui n’est pas choqué par cette escalade verbale, la même qui foisonne sur les réseaux sociaux, les tweets et tous ces espaces d’anonymat qui l’ont développée et encouragée ? Et laisser pourrir la situation comme le fait celui qui se dit « le maître des horloges », c’est monter les citoyens les uns contre les autres.

Le succès de Guignol en atteste : taper sur le pandore relève de l’amusement national et aussi du tempérament gaulois des soirs d’après boire. Mais ce qui est une plaisanterie folklorique chez Brassens au « marché de Brive la Gaillarde » résonne autrement, dans les manifestations des gilets jaunes. Des éléments « radicalisés » se joignent aux inévitables Black-blocs pour provoquer et affronter les forces de l’ordre. Ils ont même insulté des pompiers qui sont venus éteindre le feu des matériels urbains incendiés. Les mêmes qui, quelques jours plus tôt étaient applaudis à Notre-Dame !

On a vu récemment à Dijon, lors d’un match de football, les supporters désigner le coupable d’injures racistes. Il n’y a pas ce genre de courageux chez les gilets jaunes ? Car, une fois identifiés, les auteurs de tels actes encourent une sanction prévue à l’article 223-13 du Code pénal. Pour la « provocation au suicide », cela va jusqu’à trois ans de prison et 45 000 € d’amende. On est à mille lieues des revendications à l’origine du mouvement, sur les ronds-points notamment (carburants, impôts, pouvoir d’achat, etc.) et si l’un des proches de ces personnages se faisait agresser, il serait bien heureux d’appeler la police !

Au tollé général a répondu l’ouverture par le parquet de Paris d’une enquête pour « outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique commis en réunion ». Si, au fond, cela ne vaut pas l’écho qu’on lui donne, cela vaut au moins une procédure judiciaire, en espérant que le dossier ne tombera pas sur un juge proche du fameux « mur des cons »… Tout cela plonge la France dans un monde de médiocrité inégalé, de défiance envers l’Etat et nos institutions, dans une spirale affolante qui défie tout bon sens. C’est le terreau d’une future génération éduquée dans l’immoralité et la victimisation à outrance. Pensons à nos enfants qui vivront dans un pays où les délinquants auront pris le dessus…

Pierre NESPOULOUS26